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Tome premier.
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294 LES CONFESSIONS,

je comptois bien, par le succès de mon début, être employé plusavantageusement dans la suite. En effet, il n’y avoit qu’une voixsur mon compte, à commencer par celle de l’ambassadeur, qui sejouoit hautement de mon service, qui ne s’en est jamais plaint,et dont toute la fureur ne vint dans la suite que de ce que, m’é-tant plaint inutilement moi-même, je voulus enfin avoir moncoügé. Les ambassadeurs et ministres du roi, avec qui nous étionsen correspondance, lui faisoient, sur le mérite de son secrétaire,des compliments qui dévoient le flatter, et qui, dans sa mauvaisetête, produisoient un effet tout contraire. Il en reçut un surtoutdans une circonstance essentielle qu’il ne m’a jamais pardonné.Ceci vaut la peine d’être expliqué.

Il pouvoit si peu se gêner, que le samedi même, jour de pres-que tous les courriers, il ne pouvoit attendre pour sortir que letravail fût achevé ; et me talonnant sans cesse pour expédier lesdépêches du roi et des ministres, il les signoit en hâte, et puiscouroit je ne sais où , laissant la plupart des autres lettres sanssignature : ce qui me forçoit, quand ce n’étaient que des nouvel-les, de les tourner en bulletin ; mais lorsqu'il s’agissoit d’affairesqui regardoient le service du roi, il falloit bien que quelqu’un si-gnât, et je signois. J’en usai ainsi pour un avis important quenous venions de recevoir de M. Vincent, chargé des affaires duroi à Vienne. C’était dans le temps que le prince de Lobkowitzmarchoit à Naples, et que le comte de Gages fit cette mémorableretraite, la plus belle manœuvre de guerre de tout le siècle, etdont l’Europe a trop peu parlé. L’avis portait qu’un homme dontM. Vincent nous envovoit le signalement partait de Vienne etdevoit passer à Venise, allant furtivement dans l’Abruzze, chargéd'v faire soulever le peuple à l’approche des Autrichiens. Enl’absence de M. le comte de Montaigu, qui ne s’intéressoit à rien,je fis passer à M. le marquis de l’Hospital cet avis si à propos,que c’est peut-être à ce pauvre Jean-Jacques si bafoué que lamaison de Bourbon doit la conservation du royaume de Naples.

Le marquis de l’Hospital, en remerciant son collègue|comme ilétait juste, lui parla de son secrétaire et du service qu’il venoit derendre à la cause commune. Le comte de Montaigu, qui avoit àse reprocher sa négligence dans cette affaire, crut entrevoir dansce compliment un reproche, et m’en parla avec humeur. J’avoisété dans le cas d’en user avec le comte de Castellane, ambassadeurà Constantinople, comme avec le marquis de l’Hospital, quoiqu’en