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Tome premier.
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307
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PARTIE il, LIVRE vil. ( 1743-1744.) 307

la fis pas attendre. Je la trouvai in vestito di confidcnza, dans undéshabillé plus que galant, qu’on ne connoît que dans les paysméridionaux , et que je ne m’amuserai pas à décrire, quoique jeme le rappelle trop bien. Je dirai seulement que ses manchetteset son tour de gorge étoient bordés d’un fil de soie garni de pom-pons couleur de rose. Cela me parut animer une fort bellepeau. Je vis ensuite que c’étoit la mode à Venise ; et l'effeten est si charmant, que je suis surpris que cette mode n’aitjamais passé en France. Je n’avois point d’idée des voluptésqui m’attendoient. J’ai parlé de madame de Larnage , dans lestransports que son souvenir me rend quelquefois encore ; maisqu’elle étoit vieille, et laide, et froide auprès de ma Zulietta! Netâchez pas d’imaginer les charmes et les grâces de cette fille en-chanteresse, vous resteriez trop loin de la vérité ; les jeunes vier-ges des cloîtres sont moins fraîches , les beautés du sérail sontmoins vives, les houris du paradis sont moins piquantes. Jamaissi douce jouissance ne s’offrit au cœur et aux sens d’un mortel.Ah ! du moins si je l’avois su goûter pleine et entière un seulmoment !... Je la goûtai, mais sans charme ; j’en émoussai toutesles délices; je les tuai comme à plaisir. Non , la nature ne m‘apoint fait pour jouir. Elle a mis dans ma mauvaise tête le poisonde ce bonheur ineffable, dont elle a mis l’appétit dans mon cœur.

S’il est une circonstance de ma vie qui peigne bien mon natu-rel (a), c’est celle que je vais raconter. La force avec laquelle jeme rappelle en ce moment l’objet de mon livre me fera mépriserici la fausse bienséance qui m’empêcheroit de le remplir. Qui quevous soyez qui voulez connoître un homme , osez lire les deuxou trois pages suivantes : vous allez connoître à plein Jean-Jac-ques Rousseau.

J’entrai dans la chambre d’une courtisane comme dans le sanc-tuaire de l’amour et de la beauté; j’en crus voir la divinité danssa personne. Je n’aurois jamais cru que, sans respect et sans es-time, on pût rien sentir de pareil à ce qu’elle me fit éprouver. Apeine eus-je connu, dans les premières familiarités, le prix de sescharmes et de ses caresses, que de peur d’en perdre le fruit d’a-vance, je voulus me hâter de le cueillir. Tout-à-coup, au lieu desflammes qui me dévoraient, je sens un froid mortel couler dansmes veines; les jambes me flageolent, et prêt à me trouver mal,je m'assieds (6), et je pleure comme un enfant.

(a) v ab. mon caractère , c'est..,, ( b ) Vah. fe m'asseye.