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Tome premier.
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PARTIE II, LIVRE VIII. ( 1750 - 1752 .) 349

une violente néphrétique, depuis laquelle je n'ai jamais recouvréma première santé.

Au moment dont je parle, m’étant peut-être un peu fatigué aumaussade travail de cette maudite caisse, je retombai plus basqu’auparavant, et je demeurai dans mon lit cinq ou six semainesdans le plus triste état que l’on puisse imaginer. Madame Dupinm’envoya le célèbre Morand, qui, malgré son habileté et la déli-catesse de sa main, me fit souffrir des maux incroyables, et neput jamais venir à bout de me sonder. Il me conseilla de recourirà Daran, dont les bougies plus flexibles parvinrent en effet à s’in-sinuer : mais, en rendant compte à madame Dupin de mon état,Morand lui déclara que dans six mois je ne serois pas en vie. Cediscours, qui me parvint, me fit faire de sérieuses réflexions surmon état, et sur la bêtise de sacrifier le repos et l’agrément du peude jours qui me restoient à vivre, à l’assujettissement d’un emploipour lequel je ne me sentois que du dégoût. D’ailleurs, commentaccorder les sévères principes queje venois d’adopter avec un étatqui s’y rapportoit si peu? et n’aurois-je pas bonne grâce, caissierd’un receveur-général des finances, à prêcher le désintéressementet la pauvreté? Ces idées fermentèrent si bien dans ma tête avecla fièvre, elles s’y combinèrent avec tant de force, que rien depuislors ne les en put arracher ; et durant ma convalescence je meconfirmai de sang-froid dans les résolutions quej’avois prises dansmon délire. Je renonçai pour jamais à tout projet de fortune etd’avancement. Déterminé à passer dans l’indépendance et la pau-vreté le peu de temps qui me restait à vivre, j’appliquai toutesles forces de mon ame à briser les fers de l’opinion, et à faire aveccourage tout ce qui me paroissoit bien, sans m’embarrasser aucu-nement du jugement des hommes. Les obstacles que j'eus à com-battre, et les efforts que je fis pour en triompher, sont incroya-bles. Je réussis autant qu’il était possible, et plus que je n’avoisespéré moi-même. Si j’avois aussi bien secoué le joug de l’amitiéque celui de l’opinion, je venois à bout de mon dessein, le plusgrand peut-être ou du moins le plus utile à la vertu, que mortelait jamais conçu; mais, tandis queje foulois aux pieds les juge-ments insensés de la tourbe vulgaire des soi-disant grands et dessoi-disant sages, jeme laissois subjuguer et mener comme un en-fant par de soi-disant amis, qui, jaloux de me voir marcher seul (a)dans une route nouvelle, tout en paroissant s’occuper beaucoup à

(«) Var. .... me voir marcher fièrement et seul dans....