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Tome premier.
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LES CONFESSIONS.

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chez M. Dudoyer prendre les instructions nécessaires. Mais, soitque j’eusse peu de talent pour cet emploi, soit que Dudoyer, quime parut vouloir se donner un autre successeur, ne m’instruisitpas de bonne foi, j’acquis lentement et mal les connoissances dontj’avois besoin ; et tout cet ordre décomptés embrouillés à desseinne put jamais bien m’entrer dans la tête. Cependant, sans avoirsaisi le fin du métier, je ne laissai pas d’en prendre la marchecourante assez pour pouvoir l'exercer rondement. J’en commen-çai même les fonctions. Je tenois les registres et la caisse ; je don-nois et •recevois de l’argent, des récépissés ; et quoique j’eusseaussi peu de goût que de talent pour ce métier, la maturité desans commençant à me rendre sage, j’étois déterminé à vaincrema répugnance pour me livrer tout entier à mon emploi. Malheu-reusement , comme je commençois à me mettre en train , M. deFrancueil fit un petit voyage, durant lequel je restai chargé de sacaisse, où il n’y avoit cependant pour lors que vingt-cinq à trentemille francs. Les soucis, l’inquiétude d’esprit, que me donna cedépôt, me firent sentir que je n’étois point fait pour être caissier;et je ne doute point que le mauvais sang que je fis durant cetteabsence n’ait contribué à la maladie où je tombai après son re-tour.

J’ai dit, dans ma première partie, que j’étois né mourant. Unvice de conformation dans la vessie me fit éprouver, durant mespremières années, une rétention d’urine presque continuelle ; etma tante Suson, qui prit soin de moi, eut des peines incroyablesà me conserver. Elle en vint à bout cependant; ma robuste con-stitution prit enfin le dessus, et ma santé s’affermit tellement du-rant ma jeunesse, qu’excepté la maladie de langueur dont j’ai ra-conté l’histoire, et de fréquents besoins d’uriner que le moindreéchauffement me rendit toujours incommodes, je parvins jusqu’àl’àge de trente ans sans presque me sentir de ma première infir-mité. Le premier ressentiment que j’en eus fut à mon arrivée àVenise. La fatigue du voyage et les terribles chaleurs que j’avoissouffertes me donnèrent une ardeur d’urine et des maux de reinsque je gardai jusqu’à l’entrée de l’hiver. Après avoir vu la padoa-na, je me crus mort, et n’eus pas la moindre incommodité. Aprèsm’être épuisé plus d’imagination que de corps pour ma Zulietta,je me portai mieux que jamais. Ce ne futqu’après la détention deDiderot, que réchauffement contracté dans mes courses de Vin-cennes, durant les terribles chaleurs qu’il faisoit alors, me donna