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Tome premier.
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PARTIE II, LIVRE VIII. ( 1752 .) 365

même, je ne dois rougir, en quelque lieu que ce soit, d’êfre misselon l’état que j’ai choisi : mon extérieur est simple et négligé,mais non crasseux ni malpropre; la barbe ne l’est point en elle-même, puisque c’est la nature qui nous la donne, et que, selon lestemps et les modes, elle est quelquefois un ornement. On me trou-vera ridicule, impertinent : eh! que m’importe? Je dois savoirendurer le ridicule et le blâme, pourvu qu’ils ne soient pas méri-tés. Après ce petit soliloque, je me raffermis si bien que j’auroisété intrépide, si j’eusse eu besoin de l’être. Mais, soit effet de laprésence du maître, soit naturelle disposition des cœurs, je n’a-perçus rien que d’obligeant et d’honnête dans la curiosité dontj’étois l’objet. J’en fus touché jusqu’à recommencer d’être inquietsur moi-même et sur le sort de ma pièce, craignant d'effacer despréjugés si favorables, qui sembioient ne chercher qu’à m’ap-plaudir. J’étois armé contre leur raillerie; mais leurar caressant,auquel je ne m’étois pas attendu, me subjugua si bien, que jetremblois comme un enfant quand on commença.

J’eus bientôt de quoi me rassurer. La pièce fut très mal jouéequant aux acteurs, mais bien chantée et bien exécutée quant à lamusique. Dès la première scène , qui véritablement est d’une naï-veté touchante, j’entendis s’élever dans les loges un murmure desurprise et d’applaudissement jusque alors inouï dans ce genre depièces. La fermentation croissante alla bientôt au point d’être sen-sible dans toute l’assemblée, et, pour parler à la Montesquieu,d’augmenter son effet par son effet même. A la scène des deuxpetites bonnes gens, cet effet fut à son comble. On ne claque pointdevant le roi; cela fit qu’on entendit tout; la pièce et l’auteur ygagnèrent. J’entendois autour de moi un chuchotement de fem-mes qui me sembioient belles comme des anges, et qui s’entredi-soient à demi-voix : C> la est charmant ; cela est ravissant ; il n’ya pas un son là qui ne parle au cœur. Le plaisir de donner de l’é-motion à tant d’aimables personnes m’émut moi-même jusqu’auxlarmes ; et je ne les pus contenir au premier duo, en remarquantque je n’étois pas seul à pleurer. J’eus un moment de retour surmoi même, en me rappelant le concert de M. de Treitorens. Cetteréminiscence eut l’effet de l’esclave qui tenoit la couronne sur latête des triomphateurs ; mais elle fut courte , et je me livrai bien-tôt pleinement et sans distraction au plaisir de savourer ma g’oire.Je suis pourtant sür qu’en ce moment la volupté du sexe y entroitbeaucoup plus que la vanité d'auteur ; et sûrement s’il n’y eut eu