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Tome premier.
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LES CONFESSIONS.

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sa croix de Saint-Louis annonçait un ancien officier. Il m’intéres-soit, malgré son impudence et malgré moi : tandis qu’il débitoitses mensonges, je rougissois, je baissois les yeux, j’étois sur lesépines ; je cherchois quelquefois en moi-même s’il n’y auroit pasmoyen de le croire dans l’erreur et de bonne foi. Enfin, tremblantque quelqu’un ne me reconnût et ne lui en fît l’affront, je me hâtaid’achever mon chocolat sans rien dire ; et baissant la tète en pas-sant devant lui, je.sortis le plus tôt qu’il me fut pos ible, tandisque les assistants péroroient sur sa relation. Je m’aperçus dans larue que j’étois en sueur ; et je suis sûr que, si quelqu’un m’eût re-connu et nommé avant ma sortie, on m’auroit vu la honte et l’em-barras d’un coupable, par le seul sentiment de la peine que cepauvre homme auroit à souffrir, si son mensonge étoit reconnu.

Me voici dans un de ces moments critiques de ma vie où il estdifficile de ne faire que narrer, parcequ’il est presque impossibleque la narration même ne porte empreinte de censure ou d’apo-logie. J'essaierai toutefois de rapporter comment et sur quels mo-tifs je me conduisis, sans y ajouter ni louanges ni blâme.

J’étois ce jour- là dans le même équipage négligé qui m’étoit or-dinaire; grande barbe et perruque assez mal peignée. Prenant cedéfaut de décence pour un acte de courage, j'entrai de cette fa-çon dans la même salie où dévoient arriver, peu de temps après,le roi, la reine, la famille royale et toute la cour. J’allai m’établirdans la loge où me conduisit M. de Cury, et qui étoit la sienne ;c’étoit une grande loge sur le théâtre, vis-à-vis une petite logeplus élevée, où se plaça le roi avec madame de Pompadour. En-vironné de dames, et seul homme sur le devant de la loge, je nepouvois douter qu'on ne m’eût mis là précisément pour être envue. Quand on eut allumé, me voyant dans cet équipage au mi-lieu de gens tous excessivement parés, je commençai d'être mal àmon aise : je me demandai si j’étois à ma place, si j'y étois misconvenablement; et après quelques minutes d’inquiétude, je merépondis, Oui, avec une intrépidité qui venoit peut-être plus del’impossibilité de m’en dédire, que de la force de mes raisons. Jeme dis : Je suis à ma place, puisque je vois jouer ma pièce, que j’ysuis invité, que je ne l’ai faite que pour cela, et qu’après tout, per-sonne n’a plus de droit que moi-même à jouir du fruit de mon tra-vail et de mes talents. Je suis mis à mon ordinaire, ni mieux nipis : si je recommence à l'asservirà l’opinion dans quelque chose,m’y voilà bientôt asservi derechef en tout. Pour être toujours moi-