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Tome premier.
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PARTIE II, LIVRE VIII. ( 1 7ô3. ) 37i

pense ; Thérèse sVmusoit avec elles; et moi, sans souci de rien ,je vetiois m’égayer sans gêne aux heures des repas. Tout le restedu jour, enfoncé dans Ja forêt, j’y cherehois, j’y trouvois l’imagedes premiers temps, dont je traçois fièrement l'histoire; je faisoismain-basse sur les petits mensonges des hommes; j’osois dévoilerà nu leur nature, suivre le progrès du temps et des choses quil’ont défigurée, et comparant l’homme de l’homme avec l’hommenaturel, leur montrer dans son perfectionnement prétendu la vé-ritable source de ses misères. Mon ame, exaltée par ces contem-plations sublimes s’élevoit auprès de la Divinité ; et voyant de làmes semblables suivre, dans l’aveugle route de leurs préjugés,celle de leurs erreurs, de leurs malheurs, de leurs crimes, je leurcriois, d’une foible voix qu’ils ne pouvoient entendre : Insensés,qui vous plaignez sans cesse de la nature, apprenez que tous vosmaux vous viennent de vous !

De ces méditations résulta le Discours sur U Inégalité, ouvragequi fut plus du goût de Diderot que tous mes autres écrits, et pourlequel ses conseils me furent le plus utiles ('), mais qui ne trouvadans toute l’Europe que peu de lecteurs qui l’entendissent, etaucun de ceux-là qui voulût en parler. Il avoit été fait pour con-courir au prix: je l’envoyai donc, mais sûr d’avance qu’il nel’auroit pas, et sachant bien que ce n’est pas pour des pièces decette étoffe que sont fondés les prix des académies.

Celte promenade et cette occupation firent du bien à mon hu-meur et à ma santé. Il y avoit déjà plusieurs années que, tour-menté de ma rétention d’urine, je m’étois livré tout-à-fait auxmédecins, qui, sans alléger mon mal, avoient épuisé mes forceset détruit mon tempérament. Au retour de Saint-Germain, je metrouvai plus de forces, et me sentis beaucoup mieux. Je suiviscette indication, et. résolu de guérir ou mourir sans médecins etsans remèdes, je leur dis adieu pour jamais, et je me mis à vivreau jour la journée, restant coi quand je ne pouvois aller, et mar-chant sitôt que j’en avois la force. Le train de Paris parmi les gens

C 1 ) Dans le temps que j eerivois ceci, je n’avois encore aucun soupçon du grandcomplot de Diderot et de Griinm ; sans quoi j'aurois aisément reconnu combien Jepremirr abusoit de ma confiance, pour donner à mes écrits ce ton dur et cet airnoir qu’ils n'eurent plus quand il eessi de me diriger. Le morceau du philosophe quis'argumente en se bouchant les oreilles pour s'endurcir aux plaintes d’un malheu-reux, est de sa façon ; et il m’en avoit fourni d’autres plus forts encore, qu« je ne pu»me résoudre à employer. Mais attr buant cette humeur noire à c lie que lui avoitdonnée le donjon de vinconnrs, et dont on retrouve dans son Clairval une as ez fortedose, il ne me vint jamais à l'esprit d'y soupçonner la moindre méchanceté*