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Tome premier.
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376
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LES CONFESSIONS.

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à prétentions étoit si peu de mon goût; les cabales des gens delettres, leurs honteuses querelles, leur peu de bonne foi dans leurslivres, leurs airs tranchants dans le monde, m’étoient si odieux,si antipathiques ; je trouvois si peu de douceur, d’ouverture decœur, de franchise dans le commerce même de mes amis, que, re-buté decette vie tumultueuse, jecommençoisà soupirer ardemmentaprès le séjour de la campagne ; et ne voyant pas que mon métierme permit de m’y établir, j’y courois du moins passer les heuresque j’avois de libres. Pendant plusieurs mois, d'abord après mondîner, j’allois me promener seul au bois de Boulogne, méditantdes sujets d’ouvrages, et je ne revenois qu’à la nuit.

( 1754 — 1756 .) Gauffecourt, avec lequel j’étois alors extrême-ment lié, se voyant obligé d’aller à Genève pour son emploi, meproposa ce voyage : j’y consentis. Je n’étois pas assez bien pourme passer des soins de la gouverneuse : il fut décidé qu’elle se-rait du voyage, que sa mère garde! oit la maison; et, tous nosarrangements pris, nous partîmes tous trois ensemble le premierjuin 1754 .

Je dois noter ce voyage comme l’époque de la première expé-rience qui, jusqu’à l’âge de quarante-deux ans que j’avois alors,ait porté atteinte au naturel pleinement confiant avec lequel j’é-tois né, et auquel je m’étois toujours livré sans réserve et sans in-convénient. Nous avions un carrosse bourgeois, qui nous menoitavec les mêmes chevaux à très petites journées. Je descendois etmarchois souvent à pied. A peine étions-nous à la moitié de notreroute, que Thérèse marqua la plus grande répugnance à resterseule dans la voiture avec Gauffecourt, et que quand, malgré sesprières, je vouiois descendre, elle descendoit et marehoit aussi.Je la grondai long temps de ce caprice, et même je m’y opposai-tout-à-fait, jusqu’à ce qu’elle se vît forcée enfin à m’en déclarerla cause. Je crus rêver, je tombai des nues quand j'appris que monami M. de Gauffecourt, âgé de plus de soixante ans, podagre,impotent, usé de plaisirs et de jouissances, travailloit depuis no-tre départ à corrompre une personne qui n’étoit plus ni belle nijeune, qui appartenoit à son ami ; et cela par les moyens les plusbas, les plus honteux, jusqu’à lui présenter sa bourse, jusqu’àtenter de l’émouvoir par la lecture d’un livre abominable, et parla vue des figures infâmes dont il étoit plein. Thérèse, indignée,lui lança une fo s son vilain iivre par la portière ; et j’appris quele premier jour, une violente migraine m’ayant fait aller coucher