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Tome premier.
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LES CONFESSIONS.

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la profession de foi de cette même Héloïse mourante est exacte-ment la même que celle du Vicaire savoyard. Tout ce qu’il y ade hardi dans le Contrat social étoit auparavant dans le Dis-cours sur l’Inégalité; tout ce qu’il y a de hardi dans l'Émileétoit auparavant dans la Julie. Or, ces choses hardies n'excitè-rent aucune rumeur contre les deux premiers ouvrages ; donc ce nefurent pas elles qui l’excitèrent contre les derniers.

Une autre entreprise à peu près du même genre , mais dont leprojet étoit plus récent, m’occupoit davantage en ce moment : c’é-toit l’extrait des ouvrages de l’abbé de Saint-Pierre, dont, entraînépar le fil de ma narration, je n’ai pu parler jusqu’ici. L’idée m’enavoit été suggérée, depuis mon retour de Genève, par l’abbé deMably, non pas immédiatement, mais par l’entremise de ma-dame Dupin, qui avoit une sorte d’intérêt à me la faire adopter.Elle étoit une des trois ou quatre jolies femmes de Paris dont levieux abbé de Saint-Pierre avoit été l’enfant gâté; et si elle u'a-voit pas eu décidément la préférence, elle l’avoit partage'e aumoins avec madame d’Aiguillon. Elle conservoit pour la mémoiredu bonhomme un respect et une affection qui faisoient honneur àtous deux, et son amour-propre eût été flatté de voir ressusciterpar son secrétaire les ouvrages morts-nés de son ami. Ces mêmesouvrages ne laissoient pas de contenir d’excellentes choses, maissi mal dites, que la lecture en étoit difficile à soutenir ; et il estétonnant que l’abbé de Saint-Pierre, qui regardoit ses lecteurscomme de grands enfants, leur parlât cependant comme à deshommes, par le peu de soin qu’il prenoit de s’en faire écouter.C’étoit pour cela qu’on m’avoit proposé ce travail, comme utile enlui-même, et comme très convenable à un homme laborieux enmanœuvre, mais paresseux comme auteur, qui, trouvant la peinede penser très fatigante, aimoit mieux, en choses de son goût,éclaircir et pousser les idées d’un autre, que d’en créer. D’ailleurs,en ne me bornant pas à la fonction de traducteur, il ne m’étoitpas défendu de penser quelquefois par moi-même, et je pouvoisdonner telle forme à mon ouvrage, que bien d’importantes véritésy passeroient sous le manteau de l’abbé de Saint-Pierre, encoreplus heureusement que sous le mien. L’entreprise, au reste, n’é-toit pas légère ; il ne s’agissoit de rien moins que de lire, de médi-ter, d’extraire vingt-trois volumes, diffus, confus, pleins de lon-gueurs , de redites, de petites vues courtes ou fausses, parmilesquelles il en falloit pêcher quelques unes, grandes, belles, et