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Tome premier.
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394
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LES CONFESSIONS.

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d'écarts on sauveroit à la raison, que de vices on empècheroit denaître, si l’on savoit forcer l’économie animale à favoriser l’ordremoral qu’elle trouble si souvent ! Les climats, les saisons, les sons,les couleurs, l’obscurité, la lumière, les éléments, les aliments, lebruit, le silence, le mouvement, le repos, tout agit sur notre ma-chine, et sur notre ame par conséquent; tout nous offre milleprises presque assurées, pour gouverner dans leur origine lessentiments dont nous nous laissons dominer. Telle étoit l’idéefondamentale dont j’avois déjà jeté l’esquisse sur le papier, et dontj’espérois un effet d’autant plus sûr pour les gens bien nés, qui,aimant sincèrement la vertu, se défiènt de leur foiblesse, qu’il meparoissoit aisé d’en faire un livre agréable à lire, comme il l’étoità composer. J’ai cependant bien peu travaillé à cet ouvrage, dontle titre étoit la Morale sensitive, ou le Matérialisme du sage.Des distractions, dont on apprendra bientôt la cause, m’empê-chèrent de m’en occuper, et l’on saura aussi quel fut le sort demon esquisse, qui tient au mien de plus près qu’il ne sembleroit.

Outre tout cela, je méditais depuis quelque temps un systèmed’éducation, dont madame de Chenonceaux, que celle de son marifaisoit trembler pour son fils, m’avoit prié de m’occuper. L’auto-rité de l’amitié faisoit que cet objet, quoique moins de mon goûten lui-même, me tenoit au cœur plus que tous les autres. Aussi,de tous les sujets dont je viens de parler, celui-là est-il le seul quej’ai conduit à sa fin. Celle que je m’étois proposée, en y travaillant,méritoit, ce me semble, à l’auteur une autre destinée. Mais n’an-ticipons pas ici sur ce triste sujet : je ne serai que trop forcé d’enparler dans la suite de cet écrit.

Tous ces divers projets m’offroient des sujets de méditationspour mes promenades : car, comme je crois l’avoir dit, je ne puisméditer (a) qu’en marchant; sitôt que je m’arrête, je ne penseplus, et ma tête ne va qu’avec mes pieds. J’avois cependant eu laprécaution de me pourvoir aussi d’un travail de cabinet pour lesjours de pluie. C’était mon Dictionnaire de musique , dont les ma-tériaux épars, mutilés, informes, rendoient l’ouvrage nécessaireà reprendre presque à neuf. J’apportais quelques livres, dont j’a-vois besoin pour cela ; j’avois passé deux mois à faire l’extrait debeaucoup d’autres, qu’on me prêtait à la Bibliothèque du Roi, etdont on me permit même d’emporter quelques uns à l’Ermitage.Voilà mes provisions pour compiler au logis, quand le temps ne

(o) Vau. je ne puis de jour méditer....