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Tome premier.
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PARTIE II, LIVRE IX. ( 1756 .) 407

dans ses vues, de les éclaircir, de les étendre, et de ne rien épar-gner pour leur faire valoir tout leur prix.

Mon ouvrage devoit donc être composé de deux parties abso-lument séparées : l’une, destinée à exposer de la façon que jeviens de dire les divers projets de l'auteur. Dans l’autre, qui nedevoit paraître qu’après que la première aurait fait son effet, j’au-rais porté mon jugement sur ces mêmes projets : ce qui, je l’avoue,eût pu les exposer quelquefois au sort du sonnet du Misanthrope.A la tête de tout l’ouvrage devoit être une vie de l’auteur, pourlaquelle j’avois ramassé d’assez bons matériaux, que je me flat-tois de ne pas gâter en les employant. J’avois un peu vu l’abbé deSaint-Pierre dans sa vieillesse, et la vénération que j’avois pour samémoire m’étoit garant qu’à tout prendre, monsieur le comte neserait pas mécontent de la manière dont j’aurais traité son parent.

Je fis mon essai sur la Paix perpétuelle , le plus considérableet le plus travaillé de tous les ouvrages qui composoient ce recueil;et avant de me livrer à mes réflexions, j’eus le courage déliré abso-lument tout ce que l’abbé avoit écrit sur ce beau sujet, sans jamaisme rebuter par ses longueurs et par ses redites. Le public a vueet extrait, ainsi je n’ai rien à en dire. Quant au jugement quej’en ai porté, il n’a point été imprimé , et j’ignore s’il le sera ja-mais; mais il fut fait en même temps que l’extrait. Je passai delà à la Polysynodie , ou pluralité des conseils, ouvrage fait sousle régent, pour favoriser l’administration qu’il avoit choisie, etqui fit chasser de l’Académie françoise l’abbé de Saint-Pierre,pour quelques traits contre l’administration précédente, dont laduchesse du Maine et le cardinal de Polignac furent fâchés. J’a-chevai ce travail comme le précédent, tant le jugement que l’ex-trait ; mais je m’en tins là, sans vouloir continuer cette entre-prise, que je n’aurois pas dû commencer.

La réflexion qui m’y fit renoncer se présente d’elle-même, etil étoit étonnant qu’elle ne me fût pas venue plus tôt. La plupartdes écrits de l’abbé de Saint-Pierre étoient ou contenoient des ob-servations critiques sur quelques parties du gouvernement deFrance, et il y en avoit même de si libres, qu’il étoit heureux pourlui de les avoir faites impunément. Mais dans les bureaux des mi-nistres, on avoit de tout temps regardé l’abbé de Saint-Pierrecomme une espèce de prédicateur plutôt que comme un vrai po-litique, et on le laissoit dire tout à son aise, parcequ’on voyoitbien que personne ne l’éeoutoit. Si j’étois parvenu à le faire écou-