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Tome premier.
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PARTIE II, LIVRE IX. (1T56.) 409

d’eux, pour les voir tous se liguer à l’instant même, pour me con-traindre d’y renoncer. Cette obstination de me contrôler en toutdans mes fantaisies , d’autant plus injuste que, loin de contrôlerles leurs, je ne m’en informois pas même, me devint si cruelle-ment onéreuse, qu’enfin je ne recevois pas une de leurs lettressans sentir, en l’ouvrant, un certain effroi qui n’étoit que tropjustifié par sa lecture. Je trouvois que , pour des gens tous plusjeunes que moi, et qui tous auraient eu grand besoin pour eux-mêmes des leçons qu’ils me prodiguoient, c’étoit aussi trop metraiter en enfant. Aimez-moi, leur disois-je, comme je vousaime; et du reste, ne vous mêlez pas plus de mes affaires que jene me mêle des vôtres : voilà tout ce que je vous demande. Si deces deux choses ils m’en ont accordé une, ce n’a pas été du moinsla dernière.

J’avois une demeure isolée, dans une solitude charmante :maître chez moi, j’y pouvois vivre à ma mode, sans que personneeût à m’y contrôler. Mais cette habitation m’imposoit des devoirsdoux à remplir, mais indispensables. Toute ma liberté n’étoit queprécaire ; plus asservi que par des ordres, je devois l’être par mavolonté : je n’avois pas un seul jour dont en me levant je pussedire : J’emploierai ce jour comme il me plaira. Bien plus : outrema dépendance des arrangements de madame d'Épinay, j’enavois une autre bien plus importune, du public et des survenants.La distance où j’étois de Paris n’empêchoit pas qu’il ne me vîntjournellement des tas de désœuvrés qui, ne sachant que faire deleur temps, prodiguoient le mien sans aucun scrupule. Quand j’ypensois le moins, j’étois impitoyablement assailli, et rarementj’ai fait un joli projet pour ma journée, sans le voir renverser parquelque arrivant.

Bref, au milieu des biens que j’avois le plus convoités netrouvant point de pure jouissance, je revenois par élans aux jourssereins de ma jeunesse, et je m’écriois quelquefois en soupirant:Ah! ce ne sont pas encore ici les Charmettes!

Les souvenirs des divers temps de ma vie m’amenèrent à réflé-chir sur le point où j’étois parvenu, et je me vis déjà sur le dé-clin de l’âge, en proie à des maux douloureux, et croyant appro-cher du terme de ma carrière, sans avoir goûté dans sa plénitudepresque aucun des plaisirs dont mon cœur étoit avide, sans avoirdonné l’essor aux vifs sentiments que j’y sentais en réserve, sansavoir savouré, sans avoir effleuré du moins cette enivrante volupté

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