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Tome premier.
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410
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410 LES CONFESSIONS,

que je sentais dans mon ame en puissance, et qui, faute d’objet,s’y trouvoit toujours comprimée, sans pouvoir s’exhaler autre-ment que par mes soupirs.

Comment se pouvoit-il qu’avec une ame naturellement expan-sive , pour qui vivre c’était aimer, je n’eusse pas trouvé jusqu’a-lors uu ami tout à moi, un véritable ami, moi qui me sentais sibien fait pour l’être ? Comment se pouvoit-il qu’avec des sens sicombustibles, avec un cœur tout pétri d’amour, je n’eusse pas dumoins une fois («) brûlé de sa flamme pour un objet déterminé ?Dévoré du besoin d’aimer, sans jamais l’avoir pu bien satisfaire,je me voyois atteindre aux portes de la vieillesse, et mourir sansavoir vécu.

Ces réflexions tristes, mais attendrissantes, me faisoient re-plier sur moi-même avec un regret qui n’étoitpas sans douceur.Il me sembloit que la destinée me devoit quelque chose qu’ellene m'avoit pas donné. A quoi bon m’avoir fait naître avec des fa-cultés exquises, pour les laisser jusqu’à la fin sans emploi? Lesentiment de mon prix interne, en me donnant celui de cette in-justiœ, m’en dédommageoit en quelque sorte, et me faisoit ver-ser dts larmes que j’aimois à laisser couler.

Je faisois ces méditations dans la plus belle saison de l’année,aum*is de juin, sous des bocages frais, au chant du rossignol,au gazouillement des ruisseaux. Tout concourut à me replongerdans cette mollesse trop séduisante, pour laquelle j’étois né, maisdont le ton dur et sévère, où venoit de me monter une longue ef-fervescence, m’auroit dû délivrer pour toujours. J’allai malheu-reusement me rappeler le dîner du château de Toune, et marencontre avec ces deux charmantes filles, dans la même saisonet dcüs des lieux à peu près semblables à ceux où j’étois dans cemoment. Ce souvenir, que l’innocence qui s’y joignoit me ren-doit plus doux encore, m’en rappela d’autres de la même espèce.Bientôt je vis rassemblés autour de moi tous les objets qui m’a-voient donné de l’émotion dans ma jeunesse, mademoiselle Gal-ley, mademoiselle de Graffeuried, mademoiselle de Breil, madameBazile, madame de Larnage, mes jolies écolières, et jusqu’à lapiquante Zulietta, que mon cœur ne peut oublier. Je me vis en-touré d’un sérail d’houris, de mes anciennes connoissances , pourqui le goût le plus vif ne m’étoit pas un sentiment nouveau. Monsang s’allume et pétillé, la tête me tourne, malgré mes cheveux(a) Vab. ...a du moins une seule fois irûle'....