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Tome premier.
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PARTIE II, LIVRE IX. (1757.) 427

dence à Saint-Lambert, et que l’indignation de mon infidélitéayant fait entrer son amant dans ses vues, ils s’entendoient tousles deux pour achever de me faire tourner la tête et me persifler ?Cette bêtise, qui m’avoit fait extravaguer à vingt-six ans auprèsde madame de Larnage, que je ne connoissois pas, m’eut été par-donnable à quarante-cinq auprès de madame d’Houdetot, si j’eusseignoré qu’elle et son amant étoient trop honnêtes gens l’un etl’autre pour se faire un aussi barbare amusement.

Madame d’Houdetot continuoit à me faire des visites que je netardai pas à lui rendre. Elle aimoit à marcher, ainsi que moi:nous faisions de longues promenades dans un pays enchanté.Content d’aimer et de l’oser dire, j’aurois été dans la plus doucesituation, si mon extravagance n’en eût détruit tout le charme.Elle ne comprit rien d’abord à la sotte humeur avec laquelle jerecevois ses caresses : mais mon cœur, incapable de savoir jamaisrien cacher de ce qui s’y passe, ne lui laissa pas long-temps igno-rer mes soupçons : elle en voulut rire, cet expédient ne réussitpas ; des transports de rage en auroient été l'effet : elle changeade ton. Sa compatissante douceur fut invincible ; elle me fit desreproches qui me pénétrèrent ; elle me témoigna, sur mes injustescraintes, des inquiétudes dont j’abusai. J’exigeai des preuvesqu’elle ne se moquoit pas de moi. Elle vit qu’il n’y avoit nul autremoyen de me rassurer. Je devins pressant ; le pas étoit délicat.Il est étonnant, il est unique peut-être qu’une femme ayant puvenir jusqu’à marchander, s’en soit tirée à si bon compte. Elle neme refusa rien de ce que la plus tendre amitié pouvoit accorder;elle ne m’accorda rien qui pût la rendre infidèle ; et j’eus l’humi-liation de voir que l’embrasement dont ses légères faveurs aüu-moient mes sens n’en porta jamais aux siens la moindre étin-celle (*).

J’ai dit quelque part (**) qu’il ne faut rien accorder aux sens,quand on veut leur refuser quelque chose. Pour connoitre combiencette maxime se trouva fausse avec madame d’IIoudetot, et com-bien elle eut raison de compter sur elle-même, il faudrait entrerdans les détails de nos longs et fréquents tête-à-tête, et les suivredans toute leur vivacité durant quatre mois que nous passâmesensemble, dans une intimité presque sans exemple, entre deuxamis de différents sexes, qui se renferment dans les bornes dont

O A oyez dans la Correspondance (juin 1757) la lettre à Sophie.

(**) Nouvelle Héloïse , troisième Partie, lettre xviii.