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Tome premier.
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PARTIE II, LIVRE IX. (1757.) 445

le monde, et dont ses amis avoient plus à souffrir que personne.Il me représenta que refuser le produit de ce manuscrit, aprèsl’avoir accepté deux ans auparavant, était un affront au dona-teur, qu’il n’avoit pas mérité; et que ce refus pourrait même êtremésinterprété, comme un secret reproche d’avoir attendu si long-temps d’en conclure le marché. Je vois d’Holbach tous les jours,ajouta-t-il ; je connois mieux que vous l’état de son ame. Si vousn’aviez pas lieu d'en être content, croyez-vous votre ami capablede vous conseiller une bassesse? Bref, avec ma foiblesse ordi-naire, je me laissai subjuguer, et nous allâmes souper chez lebaron, qui me reçut à son ordinaire. Mais sa femme me re-çut froidement, et presque malhonnêtement (*). Je ne reconnusplus cette aimable Caroline qui marquoit avoir pour moi tant debienveillance étant fille. J’avois cru sentir dès long-temps aupara-vant que depuis que G rimm fréquentoit la maison d’Aine, on nem’y voyoit plus d’aussi bon œil.

Tandis que j’étois à Paris, Saint-Lambert y arriva de l’armée.Comme je n’en savois rien, je ne le vis qu’après mon retour encampagne, d’abord à la Chevrette, et ensuite à l’Ermitage, oùil vint avec madame d’Houdetot me demander à dîner. On peutjuger si je les reçus avec plaisir! mais j’en pris bien plus encoreà voir leur bonne intelligence. Content de n’avoir pas troublé leurbonheur, j’en étois heureux moi-même ; et je puis jurer que du-rant toute ma folle passion, mais surtout en ce moment, quandj’aurais pu lui ôter madame d’Houdetot, je ne l’aurais pas voulufaire, et je n’i n aurais pas même été tenté. Je la trouvois si ai-mable, aimant Saint-Lambert, que je m’imaginois à peine qu’elleeût pu l'être autant en m’aimant moi-même ; et sans vouloir trou-bler leur union, tout ce que j’ai le plus véritablement désiré d’elledans mon délire était qu’elle se laissât aimer. Enfin, de quelqueviolente passion que j’aie brûlé pour elle), je trouvois aussi douxd’être le confident que l’objet de ses amours, et je n’ai jamais unmoment regardé son amant comme mon rival, mais toujourscomme mon ami. On dira que ce n’étoit pas encore là de l’amour :soit; mais c’étoit donc plus.

Pour Saint-Lambert, il se conduisit en honnête homme et ju-

O Précédemment, au livre VIII, page 385, il a parlé de la mort de madame d’Holibach. Ii faut savoir que le baron d'Holbach, encore jeune et devenu veuf, avoüépousé depuis, avec la permission de la cour de Rome, Caroline-Su anne d’Aine,«œur de sa première femme.