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Tome premier.
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444 LES CONFESSIONS,

alors un très violent au sujet de sa pièce, que, malgré la petitehistoire qu’il avoit mise à la tête, on l’accusoit d’avoir prise enentier de Goldoni. Diderot, plus sensible encore aux critiques queVoltaire, en étoit alors accablé. Madame de Graffigny avoit mêmeeu la méchanceté de faire courir le bruit que j’avois rompu aveclui à cette occasion. Je trouvai qu’il y avoit de la justice et de lagénérosité de prouver publiquement le contraire ; et j’allai passerdeux jours, non seulement avec lui, mais chez lui. Ce fut, depuismon établissement à l’Ermitage, mon second voyage à Paris.J’avois fait le premier pour courir au pauvre Gauffecourt, quieut une attaque d’apoplexie dont il n’a jamais été bien remis, etdurant laquelle je ne quittai pas son chevet qu’il ne fût hors d’af-faire.

Diderot me reçut bien. Que l’embrassement d’un ami peut ef-facer de torts ! Quel ressentiment peut après cela rester dans lecœur ? Nous eûmes peu d’explications : il n’en est pas besoin pourdes invectives réciproques. Il n’y a qu’une chose à faire, savoir,de les oublier. Il n’y avoit point eu de procédés souterrains, dumoins qui fussent à ma connoissance : ce n’étoit pas comme avecmadame d'Épiuay. Il me montra le plan du Père de famille.Voilà, lui dis-je, la meilleure défense du Fils naturel. Gardez lesilence, travaillez cette pièce avec soin, et puis jetez-Ia tout d’uncoup au nez de vos ennemis pour toute réponse. Il le fit, et s’entrouva bien. Il y avoit près de six mois que je lui avois envoyéles deux premières parties de la Julie, pour m’en dire son avis.Il ne les avoit pas encore lues. Nous en lûmes un cahier ensemble.Il trouva tout cela feuillet, ce fut son terme ; c’est-à-dire chargéde paroles et redondant. Je l’avois déjà bien senti moi-même:mais c’étoit le bavardage de la fièvre; je ne l’ai jamais pu corri-ger. Les dernières parties ne sont pas comme cela. La quatrièmesurtout, et la sixième, sont des chefs-d’œuvre de diction.

Le second jour de mon arrivée, il voulut absolument me me-ner souper chez M. d’Holbach. Nous étions loin de compte ; carje voulois même rompre l’accord du manuscrit de chimie, dontje m’indignois d’avoir l’obligation à cet homme là (*). Diderotl’emporta sur tout. Il me jura que M. d’Holbach m’aimoit de toutson cœur; qu’il falloit lui pardonner un tou qu’il prenoitavec tout

(*) Rousseau n’ayantpoint parlé jusqu'à présent de ce manuscrit de chimie et del’accord auquel il a donné lieu, tout ce qu’il a dit cette occasion est obscur, et nousn’avons trouvé nulle part de quoi l’éclaircir.