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Tome premier.
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PABTIE II, L1VBE IX. (1757.) 419

J’avois travaillé en grand orchestre. D’Épinay rassembla les meil-leurs symphonistes. Madame Bruna, chanteuse italienne, chan-ta le motet, et fut bien accompagnée. Le motet eut un si grandsuccès, qu’on l’a donné dans la suite au Concert spirituel, où,malgré les sourdes cabales et l’indigne exécution, il a eu deuxfois les mêmes applaudissements. Je donnai, pour la fête deM. d’Épinay, l’idée d’une espèce de pièce , moitié drame, moitiépantomime, que madame d’Epinay composa, et dont je fis en-core la musique. Grimm, en arrivant, entendit parler de messuccès harmoniques. Une heure après on n’en parla plus : mais dumoins on ne mit plus en question, que je sache, si je savois lacomposition.

A peine Grimm fut-il à la Chevrette, où déjà je ne me plaisoispas trop, qu’il acheva de m’en rendre le séjour insupportable, pardes airs que je ne vis à personne, et dont je n'avois pas même l’i-dée. La veille de son arrivée, on me délogea de la chambre defaveur que j’occupois, contiguë à celle de madame d'Épinay;on la prépara pour M. Grimm, et on m’en donna une autre pluséloignée. Voilà, dis-je en riant à madame d’Épinay, comment lesnouveaux-venus déplacent les anciens. Elle parut embarrassée.J’en compris mieux la raison dès le même soir, en apprenantqu’il y avoit entre sa chambre et celle que je quittois une portemasquée de communication, qu’elle avoit jugé inutile de memontrer. Son commerce avec Grimm n’étoit ignoré de personne,ni chez elle, ni dans le publie, pas même de son mari : cependant,loin d’en convenir avec moi, confident de secrets qui lui impor-toient beaucoup davantage, et dont elle étoit bien sure, elle s’endéfendit toujours très fortement. Je compris que cette réserve ve-noit de Grimm, qui, dépositaire de tous mes secrets, ne vouloitpas que je le fusse d’aucun des siens.

Quelque prévention que mes anciens sentiments, qui n’étoientpas éteints, et le mérite réel de cet homme-là, me donnassent ensa faveur, elle ne put tenir contre les soins qu’il prit pour la dé-truire. Son abord fut celui du comte de Tuffière ; à peine daigna-t-il me rendre le salut; ii ne m’adressa pas une seule fois la pa-role, et me corrigea bientôt de la lui adresser, en ne me répondantpoint du tout. Il passoit partout le premier, prenoit partout la pre-mière place, sans jamais faire aucune attention à moi. Passe pour

plus haut, existent tous les deux en manuscrit, et sont déposés à la Bibliolhècjueroyalu.

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