LES CONFESSIONS.
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La douleur que me causa le refroidissement de madame d'Hou-detot, et la certitude de ne l’avoir pas mérité, me firent prendrele singulier parti de m’en plaindre à Saint-Lambert même. Enattendant l’effet de la lettre que je lui écrivis à ce sujet, je mejetai dans les distractions que j’aurois dû chercher plus tôt. Il yeut des fêtes à la Chevrette, pour lesquelles je fis de la musique.Le plaisir de me faire honneur auprès de madame d’Houdetotd’un talent qu’elle aimoit, excita ma verve ; et un autre objetcontribuoit encore à l’animer, savoir, le désir de montrer quel’auteur du Devin du village savoit la musique; car je m’aperce-vois depuis long-temps que quelqu’un travaiiloit en secret à rendrecela douteux, du moins quanta la composition.Mon début à Pa-ris, les épreuves où j’y avois été mis à diverses fois, tant chezM. Dupin que chez M. de La Popiinière ; quantité de musique quej’y avois composée pendant quatorze ans au milieu des plus célè-bres artistes, et sous leurs yeux ; enfin l’opéra des Muses ga-lantes, celui même du Devin, un motet que j’avois fait pourmademoiselle Fel, et qu’elle avoit chanté au Concert spirituel ;tant de conférences que j’avois eues sur ce bel art avec les plusgrands maîtres, tout sembloit devoir prévenir ou dissiper un pa-reil doute. Il existoit cependant, même à la Chevrette, et jevoyois que M. d’Epinay n’en étoit pas exempt. Sans paroitrem’apercevoir de cela , je me chargeai de lui composer un motetpour la dédicace de la chapelle de la Chevrette, et je le priai deme fournir des paroles de son choix. Il chargea de Linant, le gou-verneur de son fils, de les faire. De Linant arrangea des parolesconvenables au sujet ; et huit jours après qu’elles m’eurent étédonnées, le motet fut achevé. Pour cette fois le dépit fut monApollon, et jamais musique plus étoffée ne sortit de mes mains.Les paroles commencent par ces mots : Ecce sedes Mc Tonan-lis (•). La pompe du début répond aux paroles, et toute la suitedu motet est d’une beauté de chant qui frappa tout le monde (*).
faire suite aux Mémoires de madame d'Épinay (Paris, 1818, in-8°). Ce récit nousa été confirmé par un homme occupant aujourd’hui une fonction importante, ettrès digne de foi, gui, connaissant particulièrement madame d’Houdetot et Saint-Lambert, tes a successivement questionnés l’un et 1 autre sur le soi t des lettres dontil s’agit, et en a reçu les mêmes réponses, avec cette seule différence qu’au lieu d'une,lettre, madame d’Houdetot en auroit conservé quatre, toutes remises à Saint-Lam-bert, et toutes quatre brûlées parlai, au moins au dire de ce dernier.
- (<) J’ai appris depuis que ces paroles étoient de Santeuil, et que M de Linant seles étoit doucement appropriées.
(*; Le motet Ecce sedes et celui composé pour mademoiselle Fel, dont il a parlé