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Tome premier.
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PARTIE II, LIVRE IX. ( 1757 .) 461

« moignage de votre conscience ; mais ce témoignage suffit-il seul,« etest-il permis de négliger jusqu’à certain point celui des autres<i hommes? Au reste, mon ami, c’est pour m’acquitter avec vous« et avec moi que je vous écris ce billet. S’il vous déplaît, je-« tez-le au feu, et qu’il n’en soit non plus question que s’il n’eût« jamais été écrit. Je vous salue, vous aime et vous embrasse. »

Le tremblement de colère, l’éblouissement qui me gagnoit enlisant ce billet, et qui me permirent à peine de l’achever, nem’empêchèrent pas d’y remarquer l’adresse avec laquelle Dideroty affectoit un ton plus doux, plus caressant, plus honnête quedans toutes ses autres lettres, dans lesquelles il me traitoit toutau plus de mon cher, sans daigner m’y donner le nom d’ami. Jevis aisément le ricochet par lequel me venoit ce billet, dont lasuscription, la forme et la marche déceloient même assez mala-droitement le détour : car nous nous écrivions ordinairement parla poste ou par le messager de Montmorency, et ce fut la premièreet l'unique fois qu’il se servit de cette voie-là.

Quand le premier transport de mon indignation me permit d’é-crire, je lui traçai précipitamment la réponse suivante, que jeportai sur-le-champ, de l’Ermitage où j’étois pour lors, à laChevrette, pour la montrer à madame d’Épinay, à qui dans monaveugle colère je h voulus lire moi-même, ainsi que le billet deDiderot.

« Mon cher ami, vous ne pouvez savoir ni la force des obliga-« tions que je puis avoir à madame d’Épinay, ni jusqu’à quel« point elles me lient, ni si elle a réellement besoin de moi dans« son voyage, ni si elle desire que je l’accompagne, ni s’il m’esta possible de le faire, ni les raisons que je puis avoir de m’en abs-« tenir. Je ne refuse pas de discuter avec vous tous ces points ;« mais, en attendant, convenez que me prescrire si affirmative-« ment ce que je dois faire, sans vous être mis en état d’en juger,« c’est, mon cher philosophe, opiner en franc étourdi. Ce que je« vois de pis à cela est que votre avis ne vient pas de vous. Ou-« tre que je suis peu d’humeur à me laisser mener sous votre nom« par le tiers et le quart, je trouve à ces ricochets certains dé*u tours qui ne vont pas à votre franchise, et dont vous ferez bien« pour vous et pour moi de vous abstenir désormais.

« Vous craignez qu’on interprète mal ma conduite ; mais je dé-« fie un cœur comme le vôtre d’oser mal penser du mien. D’autres« peut-être parleroient mieux de moi si je leur ressemblois da-