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Tome premier.
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PARTIE II, LIVRE IX. ( 1757 .) 465

considéré, je me trouvai dans la dure mais indispensable alterna-tive de manquer à madame d’Épinay, à madame d’Houdetot, ouà moi-même, et je pris le dernier parti. Je le pris hautement, plei-nement, sans tergiverser, et avec une générosité digne assuré-ment de laver les fautes qui m’avoient réduit à cette extrémité.Ce sacrifice, dont mes ennemis ont su tirer parti, et qu’ils atten-doient peut-être, a fait la ruine de ma réputation, et m’a ôté, parleurs soins, l’estime publique; mais il m’a rendu la mienne, etm’a consolé dans mes malheurs. Ce n’est pas la dernière fois,comme on verra, que j’ai fait de pareils sacrifices, ni la dernièreaussi qu’on s’en est prévalu pour m’accabler.

Grimm étoit le seul qui parût n’avoir pris aucune part danscette affaire, et ce fut à lui que je résolus de m’adresser. Je luiécrivis une longue lettre, dans laquelle j’exposai le ridicule devouloir me faire un devoir de ce voyage de Genève, l’inutilité ,l'embarras même dont j’y aurois été à madame d’Épinay , et lesinconvénients qui en auroient résulté pour moi-même. Je ne ré-sistai pas, dans cette lettre , à la tentation de lui laisser voir quej’étois instruit, et qu’il me paroissoit singulier qu’on prétendît quec’étoit à moi de faire ce voyage, tandis que lui-même s’en dispen-soit, et qu’on ne faisoit pas mention de lui. Cette lettre, où, fautede pouvoir dire nettement mes raisons, je fus forcé de battresouvent la campagne, m’auroit donné dans le public l’apparencede bien des torts ; mais elle étoit un exemple de retenue et de dis-crétion pour les gens qui, comme Grimm, étoient au fait deschoses que j’y taisois, et qui justifioient pleinement ma con-duite. Je ne craignis pas même de mettre un préjugé de pluscontre moi, en prêtant l’avis de Diderot à mes autres amis,pour insinuer que madame d’Houdetot avoit pensé de même,comme il étoit vrai, et taisant que, sur mes raisons, elle avoitchangé d’avis. Je ne pouvois mieux la disculper du soupçon deeonniver avec moi, qu’en paroissant, sur ce point, mécontentd’elle.

Cette lettre finissoit par un acte de confiance dont tout autrehomme auroit été touché; car en exhortant Grimm à peser mesraisons et à me marquer après cela son avis, je lui marquois quecet avisseroit suivi, quel qu’il pût être: et c’étoit mon intention,eût-il même opiné pour mon départ ; car M. d’Épinay s’étant faitle conducteur de sa femme dans ce voyage, le mien prenoit alorsun coup d’œil tout différent : au lieu que c’étoit moi d’abord qu’on