LES CONFESSIONS.
484
plus, comme on verra dans la suite; et la conduite réciproquede tous les trois, quand notre commerce eut cessé, peut servird'exemple de la manière dont les honnêtes gens se séparent, quandil ne leur convient plus de se voir.
Un autre avantage que me procura ce dîner fut qu’on en parladans Paris, et qu’il servit de réfutation sans réplique au bruit querépandoient partout mes ennemis, que j’étois brouillé mortelle-ment avec tous ceux qui s’y trouvèrent, et surtout avec M. d’É-pinav. En quittant l’Ermitage, je lui avois écrit une lettre deremerciaient très honnête, à laquelle il répondit non moins hon-nêtement; et les attentions mutuelles ne cessèrent point, tantavec lui qu’avec M. de Lalive son frère, qui même vint me voirà Montmorency, et m’envoya ses gravures. Hors les deux belles-sœurs de madame d’Houdetot, je n’ai jamais été mal avec per-sonne de sa famille (*).
(*) La rupture de Rousseau avec madame d’Épinay, puis celle avec Diderot qui enfut fa suite et qui tient à la même cause, sont deux grands événements dans sa vie,moins encore par l'influence qu'ils eurent sur les événements postérieurs, que parce-que sa conduite bien connue en cette double occasion doit jeter un grand jour surson caractère, et décider pour ou contre lui l'opinion qu'on doit se faire de sa véracitédans tout ce qu'il nousd.tde lui-même. Or deux ouvrages très répandus compro-mettent cruellement cette véracité dans le récit des circonstances qui ont amené lesdeux ruptures; tellement que si les faits qu'ils contienu'uit dévoient être reconnusexacts, la mémoire de n >tre auteur ne pomroit échapper aux plus odieuses imputa-tions. Ces deux ouvrages sont les Mémoires de Mariuontel et ceux de madame d'Épi*nay. Dansl un et l’autre, surtout daus le dernier, tous ceux que Rousseau nous pré-sente/ous des couleurs si défavorables figurent au contraire avec tout l'avantageque donnent la raison, la bonne foi, l'amitié la plus généreuse et la plu< pure, sur l'é-goïsme mal déguisé, l'orgueil irascible, et, avec une folie à la fois ridicule cl coupable.la plus révoltante duplicité. C'< s’ eu clfet sous tous c>s traitsque Rousseau est représentédans les deux ouvr ges ; et tous les lecteurs raisonnables pour en admettre la réalité,exigeront au moins des preuves proportionnées à la gravité des accusations. Hâ-tons-nous de les prévenir que ces preuves n'existent point; que les faits consignésdans les Mémoires n’ont rien qui les garantis-e aux yeux de tout homme impartial,et qu'ils offrent même, d’un des deux ouvrages à l’autre, des contradictions frap-pantes, le léeit de Marinontel, relativement à Diderot, ne s’accordant nullement aveccelui de madame d'Kpinay ou de scs cotvespondan's.
L'exposé même le p'us succinct de ces faits, et la discussion dans laquelle il fan-droit nécessairement entrer pour faire ressortir l’exacte vérité au milieu de tant d’as-sertions contrau es, nous entraineroit dans un détail que noire travail ne comportepoint. C-s fiits d'ailleurs n’ont après tout qu’une importance relative; et pour laclasse peu nombreuse de lecteurs qui seront tentés d'y donner l’attention qu'il fau-di'oit y mettre, il suffit d’indiquer le moyen de s’en instruire. Pour tous les autres,nous borna..t à l'idée générale que nous venons de présenter, nous y joindrons seu-lement cette considération impu tante que la vérité ne permet point de passer soussilence. Lorsque précédemment nous eûmes à oppos er au récit de Rousseau celui deMarmontel et de Pidcn t, qui lui étoit contraire, nous présentâmes le premier tommedigue de croyance en tout point, pareequ'à cette époque le caur de Rousseau éloitcalme; tonies ses démarches pouvoient donc être raisonnables, ses sentiments purs