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Tome premier.
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PARTIE II, LIVRE X. (1758.) -185

Ma lettre à d’Alembert eut un grand succès. Tous mes ouvra-ges en avoient eu; mais celui-ci me fut plus favorable. Il appritau public à se défier des insinuations de la coterie holbachique.Quand j’allai à l’Ermitage, elle prédit, avec sa suffisance ordi-

et bien ordonnés; et ce qu'il nous dit avoir fait, avoir senti dans c.tte conjoncture, oudoit le croire. Mais à l'époque de sa vie où nous sommes parvenus, il étoit agité d'unepassion à h fois violente, coupable et malheureuse, < t l’on en sait trop les tristes ef-fets. Pour surcroît, sa position et son âge donnoient à cette passion un ridicule auquelil avoitle plus grand intérêt à se soustraire. Il a donc pu quelquefois s'oubüer lui-même, et l'on est, dans ce cas, trop fondé à craindre que cet oubli fatal, influant en-core, même après dix ans écoulés, sur ses jugements comme sur sa mémoire, lui aitfait, non pas déguiser sciemment la vérité (ce soupçon ne peut entrer daus notreesprit), mais au moins la présenter incomplètement, et quelquefois sous un fmx jour.

Mais, d'un autre côté, il y a aussi cette remarque à faire, et elle est décisive dansl'objet qui nous occupe, que Saint-Lambert et madame d'Uoudetot, qui dévoientavoir le plus à se plaindre de Rousseau, s’ils ont pu cesser d’entretenir avec lui lesmêmes liaisons qu’anparavant, au moins n'ont jamais cessé de lui donner des mar-t)Uê§ d’estime. Rousseau en fournit des preuves indubitables, et cette seule circon-stance suffit bien pour faire juger favorablement de sa conduite envers tous les deux.Si donc, à son égaremeut près cette conduite fut exempte de blâme envers ce? deuxpersonnes, peut-on penser qu’eavers madame d’Épinay elle ait été aussi odieusequ’on veut nous le faire croire?

Enfin une dernière observation à faire, et non moins favorable à Rousseau, relati-vement à celte dame, c’est le silence absolu gardé par Grimm, le plus maltraité assu-rément de tous ceux qui figurent dans les Confessions ; silence d’autant plus éton-nant que Grimm, mort à qualre-vingt-cinq ans, en 1807, conséquemment ayantsurvécu prè3 de vingt ans à la publication de cette partie des Confessions, et de vingt-cinq ans à madame d'Épinay, morte en 1785, a eu tout ce temps pour se justifier, lui et sesamis, des reproches que Rousseau leur fait, sans qu’aucune considération de société oude convenance pût dès-lors enchaîner sa plume. Il y a plus : c’est que ce silence mêmea été publiquement objecté dès 1791 par Ginguené, qui, dans ses Lettres sur les Con-fessions, ne manque pas de le faire valoir comme établissant au moins un préjugé fa-vorable à la véracité de leur auteur. Ainsi provoqué à rompre le silence, Grimmpourtant a continué de le garder; car ce n’est pas l’avoir rompu sur ce sujet, qued’en avoir dit quelque chose dans un ouvrage imprimé en 1815, mais qui, de sa na-ture, n’étoil pas destiné à être rendu public. Voyez sa Correspondance littéraire .édition de Furne, tom. V, p. |9I et suiv. Et ce qui ajoute encore à l'étonnement, c’estce passage du morceau de la Correspondance que nous venons de citer: « Je ne me« suis jamais permis de parler mal de sa personne (de Rousseau)... On m'a souvent« assuré que M. Rousseau n’en usoit pas ainsi à mon égard... Cette considération ne« m’a jamais fait changer de principe, et j'ai même eu l’esprit assez bienfait pour« regarder cette conduite de M. Rousseau comme une marque d’eslime qu’il me don-« noit. En effet, U n'ignoroit pas avec quel avantage je plaiderois ma cause con-« ire lui, en la rendant publique, et en produisant des pièces bien plus singuliè-« res que celles que M. Hume vient de publier. Mais il a jugé que je ne me donnero : s« pas en spectacle au public.... et il a bien jugé.* Soit : cela étoit convenable, mêmedigne d’éloge, en octobre 1766, temps où Grimm écrivoit ceci, mais ne convenoit plusen 1791, après la publication des Confessions, après la mort de madame d Épinay,et lorsque lesilencede Grimm fournissait aux amis de Rousseau un puissant argumentcontre Grimm lui-même, et contre celle dont la mémoire lui devoil être h chère-Qui l’a donc empêché dès-lors de produire ces pièces bienplus singulières:, qu’onne produit pas même encore aujourd'hui, et qui, comme nous l'avons dit, montre-roient Rousseau coupable envers madame d'Épinay, non s» uleraent d’une ingratitude