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Tome premier.
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PARTIE II, LIVRE X. ( 1769.) 493

que la honte de remplir si tard un pareil devoir fit que je ne leremplis point du tout. Après avoir osé taut attendre, je n’osai plusme montrer. Cette négligence, dont M. Le Blond ne put qu’êtrejustement indigné, donna vis-à-vis de lui l’air de l’ingratitude àma paresse ; et cependant je sentois mon cœur si peu coupable,que si j’avois pu faire à M. Le Blond quelque vrai plaisir, mêmeà son insu, je suis bien sûr qu’il ne m'eût pas trouvé paresseux.Mais l’indolence , la négligence et les délais dans les petits de-voirs à remplir, m’ont fait plus de tort que de grands vices. Mespires fautes ont été d’omission : j’ai rarement fait ce qu’il ne fal-loit pas faire, et malheureusement j’ai plus rarement encore faitce qu’il falloit.

Puisque me voilà revenu à mes connoissances de Venise, jen’en dois pas oublier une qui s’y rapporte, et que je n’avois in-terrompue, ainsi que les autres, que depuis beaucoup moinsde temps. C’est celle de M. de Jonville, qui avoit continué ,depuis son retour de Gênes, à me faire beaucoup d’amitiés. Ilaimoit fort à me voir, et à causer avec moi des affaires d Italie etdes folies de M. de Montaigu, dont il savoit, de son côté, biendes traits par les bureaux des affaires étrangères, dans lesquelsil avoit beaucoup de liaisons. J’eus le plaisir aussi de revoir chezlui mon ancien camarade Dupont, qui avoit acheté une chargedans sa province, et dont les affaires le ramenoient quelquefois àParis. M. de Jonville devint peu à peu si empressé de m’avoir,qu’il en étoit même gênant; et quoique nous logeassions dans desquartiers fort éloignés, il y avoit du bruit entre nous quand jepassois une semaine entière sans aller diner chez lui. Quand ilalloit à Jonville, il m’y vouloit toujours emmener ; mais y étantune fois allé passer huit jours, qui me parurent fort longs, je n’yvoulus plus retourner. M. de Jonville éîoit assurément un hon-nête et galant homme, aimable même à certains égards ; mais ilavoit peu d’esprit : il étoit beau, tant soit peu Narcisse, et passa-blement ennuyeux. Il avoit un recueil singulier, et peut-être uni-que au monde, dont il s’occupoit beaucoup, et dont il oceupoitaussi ses hôtes, qui quelquefois s’en amusoient moins que lui.C’étoit une collection très complète de tous les vaudevilles de lacour et de Paris depuis plus de cinquante ans, où l’on trouvoitbeaucoup d’anecdotes, qu’on auroit inutilement cherchées ail-leurs. Voilà des mémoires pour l’histoire de France, dont on nes'aviserait guère chez toute autre nation.