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Tome premier.
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494
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494 LES CONFESSIONS.

Un jour, au fort de notre meilleure intelligence, il me fit unaccueil si froid, si glaçant, si peu dans son ton ordinaire,qu’après lui avoir donné occasion de s’expliquer, et même l’enavoir prié, je sortis de chez lui avec la résolution, que j’ai tenue,de n’y plus remettre les pieds ; car on ne me revoit guère où j’ai étéune fois mal reçu, et il n’y avoit point ici de Diderot qui plaidâtpour M. de Jonville. Je cherchai vainement dans ma tête queltort je pouvois avoir avec lui : je ne trouvai rien. J’étois sûr de•n’avoir jamais parlé de lui ni des siens que de la façon la plus ho-norable ; car je lui étois sincèrement attaché ; et outre que je n’enavois que du bien à dire, ma plus inviolable maxime a toujoursété de ne parler qu’avec honneur des maisons que je fréquen-tois.

Enfin, à force de ruminer, voici ce que je conjecturai. La der-nière fois que nous nous étions vus, il m’avoit donné à souperchez des filles de sa connoissance, avec deux ou trois commis desaffaires étrangères, gens très aimables, et qui n’avoient point dutout l’air ni le ton libertin ; et je puis jurer que de mon côté lasoirée se passa à méditer assez tristement sur le malheureux sortde ces créatures. Je ne payai pas mon écot, parceque M. de Jon-ville nous donnoit à souper ; et je ne donnai rien à ces filles, parce-que je ne leur fis point gagner, comme à la padoana, le paie-ment que j’aurois pu leur offrir. Nous sortîmes tous assez gais etde très bonne intelligence. Sans être retourné chez ces filles,j’allai trois ou quatre jours après dîner chez M. de Jonville, queje n’avois pas revu depuis lors, et qui me fit l’accueil que j’ai dit.N’en pouvant imaginer d’autre cause que quelque malentendurelatif à ce souper, et voyant qu’il ne vouloit pas s’expliquer, jepris mon parti et cessai de le voir ; mais je continuai de lui en-voyer mes ouvrages : il me fit faire souvent des compliments; etl’ayant un jour rencontré au chauffoir de la Comédie, il me fit,sur ce que je n’allois plus le voir, des reproches obligeants, quine m’y ramenèrent pas. Ainsi cette affaire avoit plus l’air d’unebouderie que d’une rupture. Toutefois ne l’ayant pas revu, etn’ayant plus oui parler de lui depuis lors, il eût été trop tard poury retourner au bout d’une interruption de plusieurs années. Voilàpourquoi M. de Jonville n’entre point ici dans ma liste, quoiquej’eusse assez long-temps fréquenté sa maison.

Je n’enflerai point la même liste de beaucoup d’autres connois-sances moins familières, ou qui, par mon absence, avoient cessé