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PARTIE II, LIVRE X. (1759.)ménage et mon loyer, et mon linge, et mes habits, n’en alloientpas moins ; que je payois mon barbier à double, et qu’il ne lais-soit pas de m’en coûter chez elle plus qu’il ne m’en auroit coûtéchezmoi. Quoique jebornasse mes petites largesses aux seules mai-sons où je vivois d’habitude, elles ne laissoient pas de m’être rui-neuses. Je puis assurer que j’ai bien versé vingt-einq écus chezmadame d’Houdetot àEaubonne, où je n’ai couché quequatreoucinq fois, et plus de cent pistoles tant à Épinay qu’à la Chevrette,pendant les cinq ou six ans que j’y fus le plus assidu. Ces dépensessont inévitables pour un homme de mon humeur, qui ne sait sepourvoir de rien, ni s’ingénier sur rien, ni supporter l’aspeetd’un valet qui grogne, et qui vous sert en rechignant. Chez ma-dame Dupin même, où j’étois de la maison, et où je rendois milleservices aux domestiques, je n’ai jamais reçu les leurs qu’à la pointede mon argent. Dans la suite, il a fallu renoncer tout-à-fait à cespetites libéralités que ma situation ne m’a plus permis de faire ;et c’est alors qu’on m’a fait sentir (a) bien plus durement en-core l’inconvénient de fréquenter des gens d’un autre état que lesien.
Encore si cette vie eût été de mon goût, je me serois consoléd’une dépense onéreuse, consacrée à mes plaisirs ; mais se ruinerpour s’ennuyer étoit trop insupportable; et j’avois si bien senti lepoids de ce train de vie, que, profitant de l'intervalle de libertéoù je me trouvois pour lors, j'étois déterminé à”le perpétuer, àrenoncer totalement à la grande société, à la composition des li-vres, à tout commerce de littérature, et à me renfermer, pourlerestedemes jours, danslasphère étroite et paisible pour laquelleje me sentois né.
Le produit de la Lettre à d'Alembert et de la Nouvelle Héloïseavoit un peu remonté mes finances, qui s’étoient fort épuisées àl’Ermitage. Je me voyoisenviron mille écusdevantmoi. L’Émife,auquel je m’étois mis tout de bon quand j’eus achevé l’ Héloïse,étoit fort avancé, et son produit devoit au moins doubler cettesomme. Je formai le projet de placer ce fonds de manière à mefaire une petite rente viagère qui pût, avec ma copie, me fairesubsister sans plus écrire. J’avois encore deux ouvrages sur lechantier. Le premier étoit mes Institutions politiques. J’examinail’état de ce livre, et je trouvai qu’il demandoit encore plusieursannées de travail. Je n’eus pas le courage de le poursuivre et d’at-(ff) Via. et celte réforme m'a fait sentir — et je vins à sentir....