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Tome premier.
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LES CONFESSIONS.

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la même carrière sans avoir quelques liaisons avec eux. Je nel’é-tois guère moins des gens du monde, et en général delà vie mixteque je venois de mener, moitié à moi-même, et moitié à des so-ciétés pour lesquelles je n’étois point fait. Je seutois plus que ja-mais, et par une constante expérience, que toute association iné-gale est toujours désavantageuse au parti foible. Vivant avec desgens opulents, et d’un autre état que celui que j’avois choisi, sanstenir maison comme eux, j’étois obligé de les imiter en bien deschoses ; et des menues dépenses, qui n’étoient rien pour eux,étoient pour moi non moins ruineuses qu'indispensables. Qu’unautre homme aille dans une maison de campagne, il est servipar son laquais, tant à table que dans sa chambre : il l’envoiechercher tout ce dont il a besoin ; n’ayant rien à faire directe-ment avec les gens de la maison, ne les voyant même pas, il neleur donne des étrennes que quand et comme il lui plaît; maismoi, seul, sansdomestique,j’étoisàlamercideceux delà maison,dont il fallait nécessairement capter les bonnes grâces, pour n’a-voir pas beaucoup à souffrir ; et traité comme l’égal de leur maî-tre, il en falloit aussi traiter les gens comme tel, et même fairepour eux plus qu’un autre, parcequ’en effet j’en avois plus be-soin. Passe encore quand il y a peu de domestiques ; mais dans lesmaisons où j’allois il y en avoit beaucoup, tous très rogues, trèsfripons, très alertes, j’entends pour leur intérêt; et les coquinssavoient faire en sorte que j’avois successivement besoin de tous.Les femmes de Paris, qui ont tant d’esprit, n’ont aucune idéejuste sur cet article; et à force de vouloir économiser ma bourse,elles me ruinoient. Si je soupois en ville un peu loin de chez moi,au lieu de souffrir que j’envoyasse chercher un fiacre, la damede la maison faisoit mettre des chevaux pour me remmener ; elleétoit fort aise de m’épargner les vingt-quatre sous du fiacre ; quantà l’écu que je donnois au laquais et au cocher, elle n’y songeoitpas. Une femme m’écri voit-elle de Paris à l’Ermitage, ou à Mont-morency; ayant regret aux quatre sous déport que sa lettre m’au-roit coûtés, elle me l’envoyoit par un de ses gens, qui arrivoit àpied tout en nage, et à qui je donnois à dîner, et un écu qu’il avoitassurément bien gagné. Me proposoit-elle d’aller passer huit ouquinze jours avec elle à sa campagne; elle se disoit en elle-même:Ce sera toujours une économie pour ce pauvre garçon ; pendant cetemps-là, sa nourriture ne lui coûtera rien. Elle ne songeoit pasqu’aussi, durant ce temps-là. je ne travaillois point; que mon