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Tome premier.
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PARTIE II, LIVEE X. ( 1759.) 505

des quatre appartements complets qu’il contient, outre le rez-de-chaussée, composé d’une salle de bal, d’une salle de billardet d’une cuisine. Je pris le plus petit et le plus simple au-dessus de lacuisine, que j’eus aussi. Il étoit d’une propreté charmante; l’a-meublement en étoit blanc et bleu. C’est dans cette profonde etdélicieuse solitude qu’au milieu des bois et des eaux, aux concertsdes oiseaux de toute espèce, au parfum de la fleur d’orange, jecomposai dans une continuelle extase le cinquième livre de Y Émile,dont je dus en grande partie le coloris assez frais à la vive im-pression du local où je l’écrivois.

Avec quel empressement je courois tous les matins, au lever dusoleil, respirer un air embaumé sur le péristyle ! Quel bon café aulait j'y prenois tête à tête avec ma Thérèse! Ma chatte et monchien nous faisoient compagnie. Ce seul cortège m’eût suffi pourtoute ma vie, sans éprouver jamais un moment d’ennui. J’étoislà dans le paradis terrestre; j’y vivois avec autant d’innocence ,et j’y goûtois le même bonheur.

Au voyage de juillet, monsieur et madame de Luxembourgme marquèrent tant d’attentions et me firent tant de caresses,que, logé chez eux et comblé de leurs bontés, je ne pus moinsfaire que d’y répondre en les voyant assidûment. Je ne les quit-tais presque point : j’allois le matin faire ma cour à madame lamaréchale, j’y dînois ; j’allois l’après-midi me promener avecM. le maréchal ; mais je n’y soupois pas, à cause du grand monde,et qu’on y soupoit trop tard pour moi. Jusqu’alors tout étoit con-venable, et il n’y avoit point de mal encore, si j’avois su m’entenir là. Mais je n’ai jamais su garder un milieu dans mes atta-chements , et remplir simplement des devoirs de société. J’ai tou-jours été tout, ou rien ; bientôt je fus tout; et me voyant fêté, gâtépar des personnes de cette considération, je passai les bornes, etme pris pour eux d’une amitié qu’il n’est permis d’avoir que pourses égaux. J’en mis toute la familiarité dans mes manières, tandisqu’ils ne se relâchèrent jamais dans les leurs de la politesse à la-quelle ils m’avoient accoutumé. Je n’ai pourtant jamais été trèsà mon aise avec madame la maréchale. Quoique je ne fusse pasparfaitement rassuré sur son caractère, je le redoutais moins queson esprit. C’était par-là surtout qu’elle m’en imposoit. Je savoisqu’elle étoit difficile en conversations, et qu’elle avoit droit de1 être. Je savois que les femmes, et surtout les grandes dames,veulent absolument être amusées ; qu’il yaudroit mieux les offen-I. 22