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Tome premier.
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PARTIE II, LIVRE X. ( I 759. ) 511

que, s’ils se sont jamais aperçus que cet éclat m’ait un instantébloui, que la vapeur de cet encens m’ait porté à la tête; s’ilsm’ont vu moins uni dans mon maintien, moins simple dans mesmanières, moins liant avec le peuple, moins familier avec mesvoisins, moins prompt à rendre service à tout le monde quand jel’ai pu, sans me rebuter jamais des importunités sans nombre, etsouvent déraisonnables, dont j’étois sans cesse accablé. Si moncœur m’attiroit au château de Montmorency par mon sincèreattachement pour les maîtres, il meramenoit de même à mon voi-sinage goûter les douceurs de cette vie égale et simple, hors delaquelle il n’est point de bonheur pour moi. Thérèse avoit faitamitié avec la tille d’un maçon, mon voisin, nommé Pilleu ; je lafis de même avec le père ; et après avoir le matin dîné au château,non sans gêne, mais pour complaire à madame la maréchale, avecquel empressement je revenois le soir souper avec le bonhommePilleu et sa famille, tantôt chez lui, tantôt chez moi (*) !

Outre ces deux logements, j’en eus bientôt un troisième à l’hô-tel de Luxembourg, dont les maîtres me pressèrent si fort d’allerles y voir quelquefois, que j’y consentis, malgré mon aversionpour Paris, où je n’avois été, depuis ma retraite à l’Ermitage,que les deux seules fois dont j’ai parlé : encore n’y allois-je queles jours convenus, uniquement pour souper, et m’en retournerle lendemain matin. J’entrois et sortois par le jardin qui donnoitsur le boulevard ; de sorte que je pouvois dire, avec la plus exactevérité, que je n’avois pas mis le pied sur le pavé de Paris.

Au sein de cette prospérité passagère, se préparoit de loin lacatastrophe qui devoit en marquer la fin. Peu de temps après monretour à Mont-Louis, j’y fis, et bien malgré moi, comme à l’or-dinaire, une nouvelle connoissance qui fait encore époque dansmon histoire. On jugera dans la suite si c’est en bien ou en mal.C’est madame la marquise de Verdelin, ma voisine, dont le marivenoit d'acheter une maison de campagne àSoisy, près de Mont-morency. Mademoiselle d’Ars, fille du comte d’Ars, homme decondition, mais pauvre, avoit épousé M. de Verdelin, vieux, laid,

(*) L’aoteur des Lettres à Jenme, publiées en juillet 1818, nous apprend que laiiile de cet honnête homme existe encore. « Je me suis quelquefois entretenu avec

* elle de Rou-seau. Il étoit bon, m’a-t-eile dit, envers tout le monde. Son caractère

* étoit méditatif, sans être triste : le soirdes jours d’été, lorsque les jeumsfilles et les

* garçons du voisinage jouoient à la main-chaude, il venoit se mèl^r quelquefois à ce« divertissement. U se plaisoit surtout à les faire danser en chantant une ronde. Cette« vieille fille m’en a répété plusieurs couplets dont elle se souvient eucore. » (P. 52.)