PARTIE II j LIVRE X. (1760.) Ô2l
« vanee que quand elle auroit le plaisir de contribuer à l'élargi s-« sement de l’abbé Morellet, elle n'accepteroit point le tribut de« reconnoissance que vous lui promettez dans l’ Encyclopédie,« quoiqu’elle s’en tint honorée; parcequ’elle ne fait pas le bien« pour la louange, mais pour contenter son bon cœur. »
Je n’épargnai rien pour exciter le zèle et la commisération demadame de Luxembourg en faveur du pauvre captif, et je réus-sis. Elle fit un voyage à Versailles, exprès pour voir M. le comtede Saint-Florentin ; et ce voyage abrégea celui de Montmorency,que monsieur le maréchal fut obligé de quitter en même temps ,pour se rendre à Rouen, où le roi l’envoyoit comme gouverneurde Normandie, au sujet de quelques mouvements du parlementqu’on vouloit contenir. Voici la lettre que m’écrivit madame deLuxembourg, le surlendemain de son départ :
« A Versailles, ce mercredi. (Liasse D, n« 23.)
« M. de Luxembourg est parti hier à six heures du matin. Je ne« sais pas encore si j’irai. J’attends de ses nouvelles , parcequ’il« ne sait pas lui-même combien de temps il y sera. J’ai vu M. de« Saint-Florentin, qui est le mieux disposé pour l’abbé Morellet ;« mais il y trouve des obstacles, dont il espère cependant triom-« pher à son premier travail avec le roi, qui sera la semaine pro-« chaîne. J’ai demandé aussi en grâce qu’on ne l'exilât point,« parcequ’il en étoit question ; on vouloit l’envoyer à Nanci. Voilà,« monsieur, ce que j’ai pu obtenir; mais je vous promets que je« ne laisserai pas M. de Saint-Florentin en repos, que l’affaire ne« soit finie comme vous le desirez. Que je vous dise donc à présent« le chagrin que j’ai eu de vous quitter si tôt ; mais je me flatte« que vous n’en doutez pas. Je vous aime de tout mon cœur, et« pour toute ma vie. »
Quelques jours après, je reçus ce billet de d’AIembert, qui medonna une véritable joie :
« Ce I er août. (Liasse O, n° 26.)
« G race à vos soins, mon cher philosophe, l’abbé est sorti de la« Bastille, et sa détention n’aura point d’autres suites. Il part pour« la campagne, et vous fait, ainsi que moi, mille remercîments« et compliments. Yale , et me ama. »
L’abbé m’écrivit aussi quelques jours après une lettre de remer-cîment (liasse D , n' 29), qui ne me parut pas respirer une cer-taine effusion de cœur, et dans laquelle il sembloit exténuer en
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