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Tome premier.
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LES CONFESSIONS.

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à me reprocher non plus d’avoir mal répondu dans mon cœur àses bontés, mais bien d’y avoir répondu quelquefois de mauvaisegrâce, tandis qu’il mettoit lui-même une grâce infinie dans la ma-nière de me les marquer. Peu de jours après, il me fit envoyerun panier de gibier, que je reçus comme je devois. A quelquetemps de là, il m’en fit envoyer un autre ; et l’un de ses officiersdes chasses écrivit par ses ordres que c’étoit de la chasse de sonaltesse, et du gibier tiré de sa propre main. Je le reçus encore ;mais j’écrivis à madame de Boufflers que je n’en recevrois plus.Cette lettre fut généralement blâmée, et méritoit de l’être. Refu-ser des présents en gibier, d’un prince du sang, qui de plus mettant d’honnêteté dans l’envoi, est moins la délicatesse d’un hommefier qui veut conserver son indépendance, que la rusticité d’unmalappris qui se mécoanolt. Je n’ai jamais relu cette lettre dansmon recueil sans en rougir, et sans me reprocher de l’avoir écrite.Mais enfin, je n’ai pas entrepris mes Confessions pour taire messottises, et celle-là me révolte trop moi-même pour qu’il me soitpermis de la dissimuler.

Si je ne fis pas celle de devenir son rival, il s’en fallut peu : caralors madame de Boufflers étoit encore sa maîtresse, et je n’ensavois rien. Elle me venoit voir assez souvent avec le chevalierde Lorenzy. Elle étoit belle et jeune encore ; elle affectoit l’espritromain, et moi je l’eus toujours romanesque; cela se tenoit d’as-sez près. Je faillis me prendre ; je crois qu’elle le vit : le chevalierle vit aussi ; du moins il m’en parla, et de manière à ne pas medécourager. Mais pour le coup je fus sage, et il en étoit temps àcinquante ans. Plein de la leçon que je venois de donner auxbarbons dans ma lettre à d’Alembert, j’eus honte d’en profiter simal moi-même; d’ailleurs, apprenant ce que j’avois ignoré, il au-roit fallu que la tète m’eût tourné pour porter si haut mes concur-rences. Enfin, mal guéri peut-être encore de ma passion pour ma-dame d'Houdetot, je sentis que plus rien ne la pouvoit remplacerdans mon cœur, et je fis mes adieux à l’amour pour le reste dema vie. Au moment où j’écris ceci, je viens d’avoir d’une jeunefemme, qui avoir, ses vues, des agaceries (a) bien dangereuses,et avec des yeux bien inquiétants : mais si elle a fait semblantd’oublier mes douze lustres, pour moi, je m’en suis souvenu.Après m’ètre tiré de ce pas, je ne crains plus de chutes, et je ré-ponds de moi pour le reste de mes jours.

(çi) Vin. je viens d'avoir d'une jeune et l/elle personne des agaceries...