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Tome premier.
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527
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PARTIE II, LIVRE XI. (1761.) 527

Madame de Boufflers s'étant aperçue de l’émotion qu’elle m’a-voit donnée, put s’apercevoir aussi que j’en avois triomphé. Je nesuis ni assez fou ni assez vain pour croire avoir pu lui inspirer dugoût à mon âge; mais, sur certains propos qu’elle tint à Thérèse,j’ai cru lui avoir inspiré de la curiosité : si cela est, et qu’elle nem’ait pas pardonné cette curiosité frustrée, il faut avouer quej’étois bien né pour être victime de mes foiblesses, puisque l’a-mour vainqueur me fut si funeste, et que l’amour vaincu me lefut encore plus.

Ici finit le recueil des lettres qui m’a servi de guide dans cesdeux livres. Je ne vais plus marcher que sur la trace de messouvenirs : mais ils sont tels dans celte cruelle époque, et la forteimpression m’en est si bien restée, que, perdu dans la mer im-mense de mes malheurs, je ne puis oublier les détails de mon pre-mier naufrage, quoique ses suites ne m’offrent plus que des sou-venirs confus. Ainsi je puis marcher dans le livre suivant avecencore assez d’assurance. Si je vais plus loin, ce ne sera plus qu’entâtonnant.

LIVRE XI.

1761.

Quoique la Julie, qui depuis long-temps étoit sous presse, neparût point encore à la fin de 1760, elle commençoit à fairegrand bruit. Madame de Luxembourg en avoit parlé à la cour,madame d’Houdetot à Paris. Cette dernière avoit même obtenude moi, pour Saint-Lambert, la permission de la faire lire en ma-nuscrit au roi de Pologne, qui en avoit été enchanté. Duclos, àqui je l’avois aussi fait lire, en avoit parlé à l’Académie. Tout Pa-ris étoit dans l’impatience de voir ce roman ; les libraires de larue Saint-Jacques et celui du Palais-Royal étoient assiégés degens qui en demandoient des nouvelles. Il parut enfin, et sonsuccès, contre l'ordinaire, répondit à l’empressement avec lequelil avoit été attendu (*). Madame la Dauphine, qui l’avoit lu despremières, en parla à M. de Luxembourg comme d’un ouvrageravissant. Les sentiments furent partagés chez les gens de lettres :mais dans le monde, il n’y eut qu’un avis ; et les femmes surtout

(*) Dans les prcmi-rs jours rte sa publication, on le louoit à raison de douze sonspar heure.