PARTIS II, LIVRE XI. ( I 76 t. ) 529
bien singulières, et une opposition de jugement qui montre ce quec'est que d’avoir affaire au public. La chose qu’on y a le moinsvue, et qui en fera toujours un ouvrage unique, est la simplicitédu sujet et la chaîne de l’intérêt qui, concentré entre trois per-sonnes, se soutient durant six volumes, sans épisode, sans aven-ture romanesque, sans méchanceté d’aucune espèce, ni dans lespersonnages, ni dans les actions. Diderot a fait de grands compli-ments à Richardson sur la prodigieuse variété de ses tableaux etsur la multitude de ses personnages. Richardson a, en effet, lemérite de les avoir tous bien caractérisés : mais quant à leur nom-bre, il a cela de commun avec les plus insipides romanciers, quisuppléent à la stérilité de leurs idées à force de personnages etd’aventures. Il est aisé de réveiller l’attention, en présentant in-cessamment et des événements inouïs et de nouveaux visages,qui passent comme les figures de la lanterne magique : mais desoutenir toujours cette attention sur les mêmes objets, et sansaventures merveilleuses, cela certainement est plus difficile; etsi, toute chose égale, la simplicité du sujet ajoute à la beauté del’ouvrage, les romans de Richardson, supérieurs entant d’autreschoses («), ne sauroient, sur cet article, entrer en parallèle avecle mien. 11 est mort cependant, je le sais, et j’en sais la cause ;mais il ressuscitera.
Toute ma crainte étoit qu’à force de simplicité ma marche nefût ennuyeuse, et que je n’eusse pu nourrir assez l’intérêt pour lesoutenir jusqu’au bout. Je fus rassuré par un fait qui, seul, m’aplus flatté que tous les compliments qu’a pu m’attirer cet ou-vrage.
Il parut au commencement du carnaval. Un colporteur le portaà madame la princesse de Talmont ('), un jour de bal à l'Opéra.Après souper elle se fit habiller pour y aller, et en attendantl’heure, elle se mit à lire le nouveau roman. A miouit, elle or-donna qu’on mît ses chevaux, et continua de lire. On vint lui direque ses chevaux étaient mis; elle ne répondit rien. Ses gens,voyant qu’elle s’oublioit, vinrent l’avertir qu’il étoit deux heures.Rien ne presse encore, dit-elle en lisant toujours. Quelque tempsaprès sa montre étant arrêtée, elle sonna pour savoir quelle heureil étoit. On lui dit qu’il étoit quatre heures. Cela étant, dit-elle,
(a. ViB. ... de Richardson, quoi que M. Diderot en ait pu dire, ne sauroient...
(fi ,:c “ e ' t eUe. mais une autre dame dont j'ignore le nom ; mais le fuit m'a étéassuré.
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