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Tome premier.
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PARTIE II, LIVRE XI. (1761.) 531

liai ; mais sitôt qu’il fut propriétaire de ce manuscrit, il jugea àpropos de le faire imprimer à part, avec quelques retranchementsque le censeur exigea. Qu’eùt-ce été si j’y avois joint mon juge-ment sur cet ouvrage, dont très heureusement je ne parlai pointàM. de Bastide, et qui n’entra point dans notre marché ! Ce juge-ment est encore en manuscrit parmi mes papiers. Si jamais il voitle jour, on y verra combien les plaisanteries et le ton suffisant deVoltaire à ce sujet m’ont du faire rire, moi qui voyois si bien laportée de ce pauvre homme dans les matières politiques dont il semêloit de parler.

Au milieu de mes succès dans le public, *et de la faveur desdames, je me sentois déchoir à l’hôtel de Luxembourg, non pasauprès de monsieur le maréchal, qui sembloit même redoublerchaque jour de bontés et d'amitiés pour moi, mais auprès de ma-dame la maréchale. Depuis que je n’avois plus rien à lui lire, sonappartement m’étoit moins ouvert; et durant les voyages deMontmorency, quoique je me présentasse assez exactement, je nela voyois plus guère qu’à table. Ma place n’y étoit même plusaussi marquée à côté d’elle. Comme elle ne me l’offroit plus,qu’elle me parloit peu, et que je n’avois pas non plus grand’ehoseà lui dire, j’aimois autant prendre une autre place, cù j’étoisplus à mon aise, surtout le soir ; car machinalement je prenoispeu à peu l’habitude de me placer plus près de monsieur le ma-réchal.

A propos du soir, je me souviens d’avoir dit que je ne soupoispas au château, et cela étoit vrai dans le commencement de laconnoissance ; mais comme M. de Luxembourg ne dinoit point etne se mettoit pas même à table, il arriva de là qu’au bout de plu-sieurs mois, et déjà très familier dans la maison, je n’avois en-core jamais mangé avec lui. Il eut la bonté d’en faire la remarque.Cela me détermina d’y souper quelquefois, quand il y avoit peude monde ; et je m’en trouvois très bien, vu qu’on dinoit presqueen l’air, et, comme on dit, sur le bout du banc : au lieu que lesouper étoit très long, parcequ’on s’y reposoit avec plaisir, au re-tour d’une longue promenade ; très bon, pareeque M. de Luxem-bourg étoit gourmand ; et très agréable, pareeque madame deLuxembourg eu faisoit les honneurs à charmer. Sans cette expli-cation, l’on entendroît difficilement la fin d’une lettre de M. deLuxembourg (liasse C, n° 36), où il me dit qu’il se rappelle avecdélices nos promenades; surtout, ajoute-t-il, quand en rentrant