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Tome premier.
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PARTIE II, LIVRE XI. (176t.) 543

Nous étions à la vérité souvent en querelle sur l’exécution de mesouvrages ; il étoit étourdi, j’étois emporté. Mais en matièred’intérêt et de procédés qui s’y rapportent, quoique je n’aie ja-mais fait avec lui de traité en forme, je l’ai toujours trouvé pleind’exactitude et de probité. Il est même aussi le seul qui m’aitavoué franchement qu’il faisoit bien ses affaires avec moi ; et sou-vent il m’a dit qu’il me devoit sa fortune, en m’offrant de m’enfaire part. Ne pouvant exercer directement avec moi sa gratitude,il voulut me la témoigner au moins dans ma gouvernante, à la-quelle il fit une pension viagère de trois cents francs, exprimantdans l’acte que c’étoit en reconnoissance des avantages que jelui avois procurés. Il fit cela de lui à moi, sans ostentation, sansprétention, sans bruit ; et si je n’en avois parlé le premier à toutle monde, personne n’en auroit rien su. Je fus si touché de ceprocédé, que depuis lors je me suis attaché à R ey d’une amitiévéritable. Quelque temps après, il me desira pour parrain d’unde ses enfants : j'y consentis; et l’un de mes regrets, dans la si-tuation où l’on m’a réduit, est qu’on m’ait ôté tout moyen derendre désormais mon attachement utile à ma filleule et à ses pa-rents. Pourquoi, si sensible à la modeste générosité de ce libraire,le suis-je si peu aux bruyants empressements de tant de gens hauthuppés, qui remplissent pompeusement l’univers du bien qu’ilsdisent m’avoir voulu faire, et dont je n’ai jamais rien senti?Est-ce leur faute, est-ce la mienne? Ne sont-ils,que vains, nesuis-je qu’ingrat? Lecteur sensé, pesez, décidez ; pour moi, jeme tais.

Cette pension fut une grande ressource pour l’entretien de Thé-rèse, et un grand soulagement pour moi. Mais au reste, j’étoisbien éloigné d’en tirer un profit direct pour moi-même, non plusque de tous les cadeaux qu’on lui faisoit. Elle a toujours disposéde tout elle-même. Quand je gardois son argent, je lui en tenoisun fidèle compte, sans jamais en mettre un liard à notre com-mune dépense, même quand elle étoit plus riche que moi. Ce quiest à moi est à nous, lui dis-je ; et ce qui est à toi est à toi. Je n’aijamais cessé de me conduire avec elle selon cette maxime, que jelui ai souvent répétée. Ceux qui ont eu la bassesse de m’accuserde recevoir par ses mains ce que je refusois dans les miennes ju-geoient sans doute de mon cœur par les leurs, et me eonnoissoientbien mal. Je mangerois volontiers avec elle le pain qu’elle auroitgagné, jamais celui qu’elle auroit reçu. J’en appelle sur ce point