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Tome premier.
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553
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PABTIË II, L1VKE XI. (1762 ) 553

parla d’un ton mystérieux qui me surprit, et qui m’eût inquiétémême, si, certain d'être en règle à tous égards et de n’a'oir nulreproche à me faire, je ne m’étois tranquillisé par ma grandemaxime. Je ne doutois pas même que M. de Choiseul, déjà biendisposé pour moi, et sensible à l’éloge que mon estime pour luim’en avoit fait faire dans cet ouvrage, ne me soutint en cette oc-casion contre la malveillance de madame de Pompadour.

J’avois assurément lieu de compter alors, autant que jamais ,sur les bontés de M. de Luxembourg et sur son appui dans le be-soin : car jamais il ne me donna de marques d’amitié, ni plusfréquentes, ni plus touchantes. Au voyage de Pâques, mon tristeétat ne me permettant pas d’aller au château , il ne manqua pasun seul jour de me venir voir ; et enfin me voyant souffrir sansrelâche, il fit tant qu’il me détermina à voir le frère Côme, l’en-voya chercher, me l’amena lui-même, et eut le courage (rarecertes et méritoire dans un grand seigneur) de rester chez moidurant l’opération, qui fut cruelle et longue. 11 n’étoit pourtantquestion que d’être sondé; mais je n’avois jamais pu l’être, mêmepar Morand qui s’y prit à plusieurs fois, et toujours sans succès.Le frère Côme, qui avoit la main d’une adresse et d’une légèretésans égale, vint à bout enfin d’introduire une très petite algalie,après m’avoir beaucoup fait souffrir pendant plus de deux heures,durant lesquelles je m’efforçai de retenir les plaintes, pour ne pasdéchirer le cœur sensible du bon maréchal. Au premier examen,le frère Côme crut trouver une grosse pierre, et me le dit ; au se-cond , il ne la trouva plus. Après avoir recommencé une secondeet une troisième fois, avec un soin et une exactitude qui me firenttrouver le temps fort long, il déclara qu'il n’y avoit point depierre, mais que la prostate étoit squirrheuse et d’une grosseursurnaturelle ; il trouva la vessie grande et en bon état, et finitpar me déclarer que je souftrirois beaucoup, et que je vivroislong-temps. Si la seconde prédiction s’accomplit aussi bien quela première, mes maux ne sont pas prêts à finir.

C’est ainsi qu’après avoir été traité successivement pendanttant d’années pour des maux que je n’avois pas, je finis par sa-voir que ma maladie, incurable sans être mortelle, dureroit au-tant que moi. Mon imagination, réprimée par cette connoissance,ne me fit plus voir en perspective une mort cruelle dans les dou-leurs du calcul. Je cessai de craindre qu’un bout de bougie, quis’étoit rompu dans l’urètre il y avoit long-temps, n’eût fait leL 2t