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Tome premier.
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PARTIE II, LIVRE XII. ( 1762 .) 585

cher le temps de la communion, je pris le parti d’écrire à M. deMontmollin (c’étoit le nom du ministre), pour faire acte de bonnevolonté, et lui déclarer que j’étois toujours uni de cœur à l’Égliseprotestante; je lui dis en même temps, pour éviter des chicanessur les articles de foi , que je ne voulois aucune explication par-ticulière sur le dogme. M’étant ainsi mis en règle de ce côté,je restai tranquille, ne doutant pas que M. de Montmollin ne re-fusât de m’admettre sans la discussion préliminaire, dont je nevoulois point, et qu’ainsi tout fût fini sans qu’il y eût de ma faute.Point du tout : au moment où je m’y attendois le moins, M. deMontmollin vint me déclarer, non seulement qu’il m’admettoit àla communion sous la clause que j’y avois mise , mais de plus ,que lui et ses anciens se faisoient un grand honneur de m’avoirdans son troupeau. Je n’eus de mes jours pareille surprise, ni plusconsolante. Toujours vivre isolé sur la terre me paroissoit undestin bien triste, surtout dans l’adversité. Au milieu de tant deproscriptions et de persécutions, je trouvois une douceur extrêmeà pouvoir (a) me dire : Au moins je suis parmi mes frères ; etj’allai communier avec une émotion de cœur et des larmes d’at-tendrissement, qui étoient peut-être la préparation la plus agréa-ble à Dieu qu’on y pût porter.

Quelque temps après, milord m’envoya une lettre de madamede Boufflers (venue du moins je le présumai ) par la voie de d’A-lembert, qui connoissoit milord maréchal. Dans cette lettre, lapremière que cette dame m’eût écrite depuis mon départ de Mont-morency, elle me tançoit vivement de celle que j’avois écrite àM. de Montmollin, et surtout d’avoir commmunié. Je comprisd’autant moins à qui elle en avoit avec sa mercuriale, que, depuismon voyage de Genève, je m’étois toujours déclaré hautementprotestant, et que j’avois été très publiquement à l’hôtel de Hol-lande, sans que personne au monde l’eût trouvé mauvais. Il meparoissoit plaisant que madame la comtesse de Boufflers voulûtse mêler de diriger ma conscience en fait de religion. Toutefois,comme je ne doutois pas que son intention (quoique je n’y com-prisse rien) ne fût la meilleure du monde, je ne m’offensai pointde cette singulière sortie, et je lui répondis sans colère, en luidisant mes raisons.

Cependant les injures imprimées alloient leur train, et leursbénins auteurs reprochoient aux puissances de me traiter trop

(fl) Vàh. .,. douceur extrême de pouvoir ♦. »