LES CONFESSIONS.
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doucement. Ce concours d'aboiements, dont les moteurs con-tinuoient d’agir sous le voile, avoit quelque chose de sinistre etd’effrayant. Pour moi, je laissois dire sans m’émouvoir. On m’as-sura qu’il y avoit une censure de la Sorbonne : je n’en crus rien.De quoi pouvoit se mêler la Sorbonne dans cette affaire? Vou-loit-elle assurer que je n’étois pas catholique? Tout le monde lesavoit. Vouloit-elle prouver que je n’étois pas bon calviniste? Quelui importoit? C’étoit prendre un soin bien singulier; c’étoit se faireles substituts de nos ministres. Avant que d’avoir vu cet écrit, jecrus qu’on le faisoit courir sous le nom de la Sorbonne, pour semoquer d’elle; je le crus bien plus encore après l’avoir lu. Enfin,quand je ne pus plus douter de son authenticité, tout ce que* jeme réduisis à croire fut qu’il falloit mettre la Sorbonne auxPetites-Maisons.
(1763.) Un autre écrit m’affecta davantage, parcequ’il venoitd’un homme pour qui j’eus toujours de l’estime, et dont j’admi-rois la constance en plaignant son aveuglement. Je parle du man-dement de l’archevêque de Paris contre moi. Je crus que je medevois d’y répondre. Je le pouvois sans m’avilir ; c’étoit un cas àpeu près semblable à celui du roi de Pologne. Je n’ai jamais aiméles disputes brutales, à la Voltaire. Je ne sais me battre qu’avecdignité, et je veux que celui qui m’attaque ne déshonore pas mescoups, pour que je daigne me défendre. Je ne doutois point quece mandement ne fût de la façon des jésuites; et quoiqu’ils fus-sent alors malheureux eux-mêmes, j’y reconnoissois toujours leurancienne maxime, d’écraser les malheureux. Je pouvois doncaussi suivre mon ancienne maxime, d’honorer l’auteur titulaire,et de foudroyer l’ouvrage; et c’est ce que je crois avoir fait avecassez de succès.
Je trouvai le séjour de Motiers fort agréable ; et pour me dé-terminer à y finir mes jours, il ne me manquoit qu’une subsis-tance assurée : mais on y vit assez chèrement, et j’avois vurenverser tous mes anciens projets par la dissolution de monménage, par l’établissement d’un nouveau, par la vente ou dissi-pation de tous mes meubles , et par les dépenses qu’il m’avoitfallu faire depuis mon départ de Montmorency. Je voyois diminuerjournellement le petit capital que j’avois devant moi. Deux outrois ans suffisoient pour en consumer le reste, sans que je visseaucun moyen de le renouveler, à moins de recommencer à faire deslivres ; métier funeste, auquel j’avois déjà renoncé.