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Tome premier.
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595
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PARTIE II, LIVRE XII. ( 1764 .) 595

pas dit, qu’il vivoit dans les grandes sociétés, et qu’il voyoit assezsouvent madame de Luxembourg. Il ne me donna aucun signe devie à Trye, et ne me fit rien dire par sa parente mademoiselle Sé-guier, qui étoit ma voisine, et qui ne m’a jamais paru bien favo-rablement disposée pour moi. En un mot, l’engouement de M. deSaint-Brisson finit tout d’un coup, comme la liaison de M. deFeins : mais celui-ci ne me devoit rien, et l’autre me devoit quel-que chose, à moins que les sottises que je l’avois empêché de fairen’eussent été qu’un jeu de sa part : ce qui dans le fond pourroittrès bien être.

J’eus aussi des visites de Genève tant et plus. Les Deluc pèreet fils me choisirent successivement pour leur garde-malade : lepère tomba malade en route; le fils l’étoit en partant de Genève;tous deux vinrent se rétablir chez moi. Des ministres, des parents,des cagots, des quidams de toute espèce venoient de Genève etde Suisse, non pas comme ceux de France, pour m’admirer etmepersifler, mais pour me tancer et catéchiser. Le seul qui me fitplaisir fut Moultou, qui vint passer trois ou quatre jours avecmoi, et que j’y aurois bien voulu retenir davantage. Le plus con-stant de tous, celui qui s’opiniâtra le plus, et qui me subjugua àforce d’importunités, fut un M. d’Ivernois, commerçant de Ge-nève, François réfugié, et parent du procureur-général de Neu-châtel. Ce M. d’Ivernois, de Genève, passoit à Motiers deux foisl’an, tout exprès pour m’y venir voir, restoit chez moi du matinau soir plusieurs jours de suite, se mettoit de mes promenades,m’apportoit mille sortes de petits cadeaux, s’insinuoit malgré moidans ma confidence, se mêloit de toutes mes affaires, sans qu’ily eut entre lui et moi aucune communion d’idées, ni d’inclina-tions, ni de sentiments, ni de connoissances. Je doute qu’il ait ludans toute sa vie un livre entier d’aucune espèce, et qu’il sachemême de quoi traitent les miens. Quand je commençai d’herbori-ser, il me suivit dans mes courses de botanique, sans goût pour cetamusement, sans avoir rien à me dire, ni moi à lui. Il eut mêmele courage de passer avec moi trois jours entiers tête à tête danslin cabaret à Goumoins, d’où j’avois cru le chasser à force del’ennuyer et de lui faire sentir combien il m’ennuyoit ; et toutcela sans qu’il m’ait été possible jamais de rebuter son incroyableconstance, ni d’en pénétrer le motif.

Parmi toutes ces liaisons, que je ne fis et n’entretins que parforce, je ne dois pas omettre la seule qui m’ait été agréable, et à