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Tome premier.
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1ES CONFESSIONS.

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vînt dans le pays, pour confondre cette coquine, et ceux qui lafaisoient parler. Je fus surpris de la mollesse de sa réponse. Ilécrivit au pasteur dont la salope étoit paroissienne, et fit en sorted’assoupir l’affaire : ce que voyant, je cessai de m’en mêler, fortétonné qu’un homme aussi crapuleux eût pu être assez maître delui-même pour m’en imposer par sa réserve dans la plus intimefamiliarité.

De Strasbourg, Sauttersheim fut à Paris chercher fortune, etn’y trouva que de la misère. Il m’écrivit en disant son peccavi.Mes entrailles s’émurent au souvenir de notre ancienne amitié;je lui envoyai quelque argent. L’année suivante, à mon passageà Paris, je le revis à peu près dans le même état, mais grand amide M. Laliaud, sans que j’aie pu savoir d’où lui venoit cette con-noissance, et si elle étoit ancienne ou nouvelle. Leux ans après,Sauttersheim retourna à Strasbourg, d’où il m'écrivit, et où il estmort. Voilà l’histoire abrégée de nos liaisons, et ce que je sais deses aventures : mais en déplorant le sort de ce malheureux jeunehomme, je ne cesserai jamais de croire qu'il étoit bien né, et quetout le désordre de sa conduite fut l’effet des situations où il s’esttrouvé.

Telles furent les acquisitions que je fis à Motiers, en fait deliaisons et de connoissances. Q u’il en auroit fallu de pareilles pourcompenser les cruelles pertes que je fis dans le même temps !

La première fut celle de M. de Luxembourg, qui, après avoirété tourmenté long-temps par les médecins, fut enfin leur victime,traité de la goutte qu’ils ne voulurent point reconnoître, commed’un mal qu’ils pouvoient guérir.

Si l’on doit s’en rapporter là-dessus à la relation que m’en écri-vit La Roche, l’homme de confiance de madame la maréchale,c’est bien par cet exemple, aussi cruel que mémorable, qu’il fautdéplorer les misères de la grandeur.

La perte de ce bon seigneur me fut d’autant plus sensible, quec’étoit le seul ami vrai que j’eusse en France ; et la douceur de soncaractère étoit telle, qu’elle m’avoit fait oublier tout-à-fait sonrang, pour m’attacher à lui comme à mon égal. Nos liaisons necessèrent point par ma retraite, et il continua de m’écrire commeauparavant. Je crus pourtant remarquer que l’absence ou monmalheur avoit attiédi son affection. Il est bien difficile qu'un cour-tisan garde le même attachement pour quelqu’un qu’il sait êtredans la disgrâce des puissances. J’ai jugé d’ailleurs que le grand