PARTIE II, LIVRE XII. (1765 ) 603
Lettres écrites de la montagne parurent. La terrible explosionqui se fit contre cet infernal ouvrage et contre son abominable au-teur épouvanta la compagnie, et l’entreprise s’évanouit. Je com-parerois l’effet de ce dernier ouvrage à celui de la Lettre sur lamusique franchise, si cette lettre, en m’attirant la haine et m’ex-posant au péril, ne m'eût laissé du moins la considération et l’es-time. Mais après ce dernier ouvrage, on parut s'étonner à Genèveet à Versailles qu’on laissât respirer un monstre tel que moi. Lepetit conseil, excité par le résident de France, et dirigé par leprocureur-général, donna une déclaration sur mon ouvrage, parlaquelle, avec les qualifications les plus atroces, il le déclare in-digne d’être brûlé par le bourreau, et ajoute, avec une adresse quitient du burlesque, qu’on ne peut, sans se déshonorer, y répondre,ni même en faire aucune mention. Je voudrois pouvoir transcrireici eetle curieuse pièce; mais malheureusement je ne l’ai pas, etne m’en souviens pas d’un seul mot. Je desire ardemment quequelqu’un de mes lecteurs, animé du zèle de la vérité et de l’équité,veuille relire en entier les Lettres écrites de la montagne; ilsentira, j’ose le dire, la stoïque modération qui règne dans cetouvrage, après les sensibles et cruels outrages dont on venoit àl’envi d’accabler l’auteur. Mais ne pouvant répondre aux injuresparcequ’il n’y en avoit point, ni aux raisons parcequ’elles étaientsans réponse, ils prirent le parti de paraître trop courroucés pourvouloir répondre; et il est vrai que s’ils prenoient les argu-ments invincibles pour des injures, ils dévoient se tenir fort in-juriés.
Les représentants, loin de faire aucune plainte sur cette odieusedéclaration, suivirent la route qu’elle leur traçoit; et au lieu defaire trophée des Lettres de la montagne , qu’ils voilèrent pours’en faire un bouclier, ils eurent la lâcheté de ne rendre ni hon-neur injustice à cet écrit fait pour leur défense et à leur sollicita-tion, ni le citer, ni le nommer, quoiqu’ils en tirassent tacitementtous les arguments, et que l’exactitude avec laquelle ils ont suivile conseil par lequel finit cet ouvrage ait été la seule cause deleur salut et de leur victoire. Ils m’avoient imposé ce devoir; jel’avois rempli, j’avois jusqu'au bout servi la patrie et leur cause.Je les priai d’abandonner la mienne et de ne songer qu’à eux dansleurs démêlés. Ils me prirent au mot, et je ne me suis plus mêléde leurs affaires que pour les exhorter sans cesse à la paix, nedoutant pas que s’ils s’obstinoient, ils ne fussent écrasés par la