PARTIE II, 1IVRE XII. (1765.) 609
qui, pour sortir, auroit ouvert la porte d’entrée, devoit naturelle-ment être assommé. Madame de Verdelin n’ignoroit rien de cequi se passoit ; car. outre ce qu’elle voyoit elle-même, son domes-tique, homme de confiance, étoit très répandu dans le village, yaccostoit tout le mondé, et on le vit même en conférence avecMontmollin. Cependant elle ne parut faire aucune attention à riende ce qui m’arrivoit, ne me parla ni de Montmollin, ni de per-sonne, et répondit peu de chose à ce que je lui en dis quelquefois.Seulement, paroissant persuadée que le séjour de l’Angleterre meconvenoit plus qu’aucun autre, elle me parla beaucoup deM. Humequi étoit alors à Paris, de son amitié pour moi, du désir qu’il avoitde m’être utile dans son pays. Il est temps de dire quelque chosede M. Hume.
Il s’étoit acquis une grande réputation en France , et surtoutparmi les encyclopédistes, par ses traités de commerce et de poli-tique, et en dernier lieu par son histoire de la maison de Stuart,le seul de ses écrits dont j’avois lu quelque chose dans la traduc-tion de l’abbé Prévost. Faute d’avoir lu ses autres ouvrages, j'é-tois persuadé, sur ce qu’on m’avoit dit de lui, que M. Humeassocioit une ame très républicaine aux paradoxes anglois en fa-veur du luxe. Sur cette opinion, je regardois toute son apologiede Charles I er comme un prodige d’impartialité, et j’avois uneaussi grande idée de sa vertu que de son génie. Le désir de con-noitre cet homme rare et d’obtenir son amitié, avoit beaucoupaugmenté les tentations dépasser en Angleterre que me donnoientles sollicitations de madame de Boufflers, intime amie de M. Hume.Arrivé en Suisse, j’y reçus de lui, par la voie de cette dame, unelettre extrêmement flatteuse, dans laquelle, aux plus grandeslouanges sur mon génie, il joignoit la pressante invitation de pas-ser en Angleterre, et l’offre de tout son crédit et de tous ses amispour m’en rendre le séjour agréable. Je trouvai sur les lieux mi-lord maréchal, le compatriote et l’ami de M. Hume, qui me con-firma tout le bien que j’en pensois, et qui m’apprit même à sonsujet une anecdote littéraire qui l’avoit beaucoup frappé, et quime frappa de même. Wallace, qui avoit écrit contre Hume ausujet de la population des anciens, étoit absent tandis qu’on im-primoit son ouvrage. Hume se chargea de revoir les épreuves etde veiller à l’édition. Cette conduite étoit dans mou tour d’esprit.C’est ainsi que j’avois débité des copies, à six sous pièce, d’unechanson qu’on avoit faite contre moi. J’avoLs donc toute sorte