LES CONFESSIONS.
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J’avois plus d’une retraite à choisir. Depuis le retour de ma-dame de Verdelin à Paris, ellem’avoit parlé dans plusieurs lettresd’un M. Walpole qu’elle appeloit milord, lequel, 'pris d’un grandzèle en ma faveur, me proposoit, dans une de ses terres, un asile
par les faits positifs que cette lettre contient, l’existence d’une attaque nocturne con-tre la maison que Rousseau habitoit et où sa sûreté a pu être réellement compromise.D’un autre côté, considérons que cette sûreté lui étoit garantie par uu arrêt du con-seil d’état et par deux rescrits du roi de Prusse. Du Peyrou les rapporte textuelle-ment à l'appui de sa seconde lettre. Il étoit donc de l'intérêt des autorités localesde démentir un fait qui les exposoit au reproche d'une négfgence et même d'une con-nivence coupable aussi contraire aux lois fondamentalesdu pays qu'aux ordres for-mels du souverain ; et il est très vraisemblable que dans celte vue tout a été fait parelles pour donner le change à l'opinion. Cela posé, on peut convenir que Rousseau,dupe de beaucoup d'apparences, trompé d'une part par sa gouvernante, de l’autredisposé à tout admettre en ce genre par ce besoin de changer de lieu qu'il éprouvoithabituellement, et dont lui-mune convient franchement quelque part (Lettre à I)ureyrou du 24 janvier 1765, peut-être enfin cédàut aussi à cette foiblesse relevée pard'Escherny, de vouloir faire de son départ un événement , une époque célèbre, s'estexagéré à lui-même le péril qu’il a couru, et a fait de bonne foi passer cette exagéra-tion dans son récit. Mais il n'en restera pas moins prouvé que des violences plus oumoins graves ont eu lien cette nuit là par le fait de la populace excitée contre lui, etque tout lui a fait une loi de s’y dérober par un prompt départ dont son imagination afait naturellement une fuite, effet nécessaire d'une lapidation.
Parmi les faits et documents personnels à Rousseau et plus ou moins curieux qu'of-fre l’écrit du comte d'Escherny, nous allons, en les réunissant dans cette note, choi-sir et consigner ici ceux qui se rapportent au séjour de Motiers, et qui, pins particu-lièrement remarquable* et caractéristiques, nous ont semblé plus propres à intéresserle lecteur.
Observons d’ailleurs qu’en signalant dans Rousseau quelques foiblesse?, d’Eschernynon seulement déclare ne l'en avoir pas moins aimé et estimé, mais encore l'en jus-tifie complètement par l'exemple de beaucoup d'autres grands hommes, et jusque parle sien même, présenté à la vérité conditionnellement. « Je jure, dit-il, que si j’étois« grand homme, j'en ferois tout autant. * Un aveu si naïf doit donner pleine con-fiance à ses témoignages, même en apparence les plus défavorables à notre auteur.
C’( st dans cette disposition plus qu'indulgente qu’assimilant Rousseau à Voltaire,qui se porloit toujours bien et se disoit toujours mourant, d’Escherny nous apprend« que dans ces (emps-là même (p. 67, où Rousseau entretenoit l'Europe de ses souf-« frances et de ses infirmités, il ne Va jamais vu incommodé ; il cheminoit, gam-« badoit, atteignait avant les autres le sommet des montagnes, et inangeoit de fort
• bon appétit. #
Ce que d'Escherny appelle ici la coquetterie du génie , il achève plus loin d’enprouver l’existence chez Rousseau par le récit de l'anecdote suivante : « Nous avions« diné tard (après une course dans les montagnes), nous étions harassés. On ne son-« geoit qu’à se coucher, et nous escaladâmes d'énormes tas de foin... Là, côte à côte,
« chacun s’endormit comme il put. La chose n’étoit pas aisée; ce foin nouvellement« fauché fermentait au-dessous de nous.... Le lendemain matin, comme on se de-« mandoif suivant l’usage. Avez vous bien dormi ? Pour moi, dit Rousseau, je ner dors jamais. Le colonel de Pury l’arrête, et, d’un ton leste et militaire : Pardieu,
« monsieur Rousseau, vous m’étonnez : je vous ai entendu ronfler toute la nuit .
« C'est moi qui n'ai pas fermé l'œil ; ce diable de foin qui resstie ! » (P. 75.)
Une autre foiblesse encore, celle de se peu connoître eu honnn p s, d'accorder sonamitié <t son estime à tel qui les méritoit le moins, enfin » de se laisser mener et
* tromper bien plus aisément que ceux qui n’ont qu'un gros bon sens! » est relevée