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Tome premier.
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PARTIE II, LIVRE XII. (1765.) pl 5

que ceux de Motiers s’étoient obsîinés à vouloir faire cette gardehors de leur rang, quoique ce fût le tour d’un autre village. Lelendemain, le châtelain envoya son rapport au conseil d’état, quideux jours après lui envoya l’ordre d’informer sur cette affaire,de promettre une récompense et le secret à ceux qui dénonce-roient les coupables, et de mettre en attendant, aux frais duprince, des gardes à ma maison et à celle du châtelain qui la tou-choit. Le lendemain, le colonel de Pury, le procureur-généralMeuron, le châtelain Martinet, le receveur Guyenet, le trésoiierd’Ivernois et son père, en un mot tout ce qu’il y avoit de gensdistingués dans le pays, vinrent me voir, et réunirent leurs sollici-tations pour m’engager à céder à l’orage, et à sortir au moinspour un temps d’une parobse où je ne pouvois plus vivre en sû-reté ni avec honneur. Je m’aperçus même que le châtelain, ef-frayé des fureurs de ce peuple forcené, et craignant qu’elles nes’étendissent jusqu’à lui, auroit été bien aise de m’en voir partirau plus vite, pour n’avoir plus l’embarras de m’y protéger, etpouvoir le quitter lui-même, comme il fit après mon départ. Jecédai donc, et même avec peu de peine ; car le spectacle de lahaine du peuple me causoit un déchirement de cœur que je nepouvois plus supporter (*).

(*; Cette lapidation , dont Rousseau fait un récit tellement détaillé qu’on ne peutsupposer qu’il en ait imaginé à plaisir toutes les circonstances, a cependant été révo-quée en doute, et ceux qui en contestent la réalité ont aussi des titres à la confiancedu lecteur. M. Servan dit tenir d'un homme digne de foi, qui fit le lendemain mêmeune visite à Rousseau, que les trous faits à la fenêtre par les cailloux trouvés dans lachambre étoieut plus petits que ces cailloux mêmes ; et il ne voit là qu’une ruse de lagouvernante de Rousseau pour décider son maître à quitter un pays où elle s’en-nuyoit. Le témoignage sur lequel M. Servau s’appuie seroit en lui-même peu à con-sidérer sans dou!e; mais il est continué par un autre qui ne semble pas susceptibled'être contesté, c’est celui du comte d’Escherny, dont nous avons indiqué l’ouvragedans une note précédente, page 593. Il résidoit alors à Motiers, et a pu mieux qu’unautre s’assurer delà vérité des faits; or voici comme il s’exprime : « Il y avoit long-« temps (totn. III, p. 53) que Rousseau voulo't quitter Motiers. Les rapports vrais on« controuvés de mademoiselle Le Vasseur de tous les propos tenus sur son compte« ou sur celui de son maître par 1rs commères du voisinage, les plaintes de quelques« avanies, auxquelles elle donnait lieu par son extrême intempérance de langue, en-" troient dans ce dégoût dont cependant laprincipale cause étoit le besoin du chan-« gement. » D'Escherny va plus loin enc re, et rendant en quelque sorte Rousseaucomplice de sa gouvernante, il lui suppose le désir de paroitre chassé avec éclat n’unpiys qu’il vouloit qu tter. « Il s’agis^oit (p. loi) de faire du départ de Rousseau un

* événement, de lui donner l’apparence d’une fuite qui pût devenir célèbre, faire épo-

* que... Cet événement s’est réduit kune vitre castde pendant la nuit par une

* pierre lancée à dessein. »

Remarquons d’abord que Du Teyrou, dans la dernière des trois lettres apologéti-ques publ ées par lui et dont nous parleronsen leur lieu, met au moins hors de doute»