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Tome premier.
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618
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618 LES CONFESSIONS,

de ce projet. Milord maréchal m’avoit toujours conseillé l’Angle-terre ou l’Ecosse, et m’y offroitaussi un asile dans ses terres ; maisri m’en offroit un qui me tentoit beaucoup davantage à Potsdam,auprès de lui. Il venoit de me faire part d’un propos que le roi luiavoit tenu à mon sujet, et qui étoit une espèce d’invitation à m’yrendre; et madame la duchesse de Saxe-Gotha comptoit si biensur ce voyage, qu’elle m’écrivit pour me presser d’aller la voir enpassant, et de m’arrêter quelque temps auprès d’elle ; mais j’a-vois un tel attachement pour la Suisse, que je ne pouvoisme ré-soudre à la quitter, tant qu’il me seroit possible d’y vivre; et jepris ce temps pour exécuter un projet dont j’étois occupé depuisquelques mois, et dont je n’ai pu parler encore, pour ne pas cou-per le fii de mon récit.

Ce projet consistoit à m’aller établir dans i’îie de Saint-Pierre,domaine de l’hôpital de Berne, an milieu du lac de Bienne. Dansun pèlerinage pédestre, que j’avo;s fait l’été précédent avec DuPeyrou, nous avions visité cette iie , et j'en avois été tellementenchanté, que je n’avois cessé depuis ce temps-)à de songer auxmoyens d’y faire ma demeure. Le plus grand obstacle étoit quel'ile appartenoit aux Bernois, qui, trois ans auparavant, m’avoientvilainement chassé de chez eux ; et outre que ma fierté pàtissoità retourner chez des gens qui m’avoient si mai reçu, j’avois lieude craindre qu i 's ne me laissassent pas plus en repos dans cetteîle qu’ils n’avoient fait à Yverdun. J’avois consulté là-dessus mi-lord maréchal, qui, pensant comme moi que les Bernois seroientbien aises't*) de me voir relégué dans cette île, et de m’y tenir enotage pour les écrits que je pourrois être tenté de faire, avoit faitsonder là-dessus leurs dispositions par un M. Sturler, son ancienvoisin de Colombier. M. Sturler s'adressa à des chefs de l’état, etsur leur réponse assura milord maréchal que les Bernois , hon-teux de leur conduite passée, ne demandoient pas mieux que deme voir domicilié dans l’ile de Saint-Pierre, et de m’y laissertranquille. Pour surcroît de précaution, avant de risquer d’yaller résider, je fis prendre de nouvelles informations par le co-lonel Chaillet, qui me confirma les mêmes choses ; et le receveurde l’ile ayant reçu de ses maîtres la permission de m’y loger, je-

(* / Nous ajoutons le mot seroient dans cette phrase, quoiqu’il ue se trouve dansiaucune édition, ni même dans ie premier manuscrit, parceipùl est évidemment né*cessaire pour la rendre régulière et complète, et que son omission, de quelque partquelle vienne, n’a pu être faite que par erreur.