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Tome premier.
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PARTIE II, LIVRE XII. ( 1765 .) 619

crus ne rien risquer d’aller m’établir chez lui, avec l'agrémenttacite, tant du souverain que des propriétaires ; car je ne pouvoisespérer que MM. de Berne reconnussent ouvertement l’injusticequ’ils m’avoient faite, et péchassent ainsi contre la plus inviolablemaxime de tous les souverains.

L’îlede Saint-Pierre, appelée à Neuchâtel i’île de la Motte, aumilieu du lac de Bienne, a environ uue demi-lieue de tour ;mais dans ce petit espace, elle fournit toutes les principales pro-ductions nécessaires à la vie. Elle a des champs, des prés, desvergers, des bois, des vignes ; et le tout, à la faveur d’un terrainvarié et montagneux, forme une distribution d’autant plus agréa-ble, que ses parties ne se découvrant pas toutes ensemble se fontvaloir mutuellement, et font juger l’ile plus grande qu’elle n’esten effet. Une terrasse fort élevée en forme la partie occidentalequi regarde Gleresse et Bonneville. On a planté cette terrassed’une longue allée qu’on a coupée dans son milieu par un grandsalon, où, durant les vendanges, on se rassemble les dimanchesde tous les rivages voisins, pour danser et se réjouir. Il n’y a dansl'île qu'une seule maison, mais vaste et commode, où loge le re-ceveur , et située dans un enfoncement qui la tient à l’abri desvents.

A cinq ou six cents pas de l’île, est du côté du sud une autreîle beaucoup plus petite , inculte et déserte, qui paraît avoir étédétachée autrefois de la grande par les orages, et ne produitparmi ses graviers que des saules et des persicaires, mais où estcependant un tertre élevé, bien gazonné et très agréable. La formede ce lac est un ovale presque régulier. Ses rives, moins richesque celles des lacs de Genève et de Neuchâtel, ne laissent pas deformer une assez belle décoration, surtout dans la partie occiden-tale, qui est très peuplée, et bordée de vignes au pied d’une chaînede montagnes, à peu près comme à Côte-Rôtie, mais qui ne don-nent pas d’aussi bon vin. On y trouve, en allant du sud au nord,le bailliage de Saint-Jean,Bonneville, Bienne et Nidau à l’extré-mité du lac; le tout entremêlé de villages très agréables.

Tel étoit l’asile que je m’étois ménagé, et où je résolus d’allerm’établir en quittant le Val-de-Travers ('). Ce choix étoit si cou-

(') H n’est peut-être pas inutile d'avertir que j’y laissois un ennemi partfcuüerdans un M. du Terraux, nuire des Verrières, en très médiocre estime dans le pays,, mais qui a un frère qu’on dit honnête homme, daus les bureaux de M. de Saint-Floren-tin. Le maire rébit allé voir quelque temps avant mon aventure. Les petites remarques