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Tome premier.
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PARTIE H, LIVRE XII. ( 1765 .) 623

vrement total. Errer nonchalamment dans les bois et dans lacampagne, prendre machinalement çà et là, tantôt une fleur,tantôt un rameau , brouter mon foin presque au hasard, observermille et mille fois les mêmes choses, et toujours avec le mêmeintérêt, parceque je les oubliois toujours, étoit de quoi passer l’é-ternité sans pouvoir m’ennuyer un moment. Quelque élégante,quelque admirable, quelque diverse que soit la structure des vé-gétaux, elle ne frappe pas assez un œil ignorant pour l’intéresser.Cette constante analogie, et pourtant cette variété prodigieuse quirègne dans leur organisation, ne transporte que ceux qui ont déjàquelque idée du système végétal. Les autres n’ont, à l’aspect detous ces trésors de la nature, qu’une admiration stupide et mono-tone. Ils ne voient rien en détail, parcequ’ils ne savent pas mêmece qu’il faut regarder; et ils ne voient pas non plus l’ensemble,parcequ’ils n’ont aucune idée de cette chaîne de rapports et decombinaisons qui accable de ses merveilles l’esprit de l’observa-teur. J’étois, et mon défaut de mémoire me devoit tenir toujours,dans cette heureux point d’en savoir assez peu pour que tout mefût nouveau, et assez pour que tout me fut sensible. Les divers solsdans lesquels l’ile, quoique petite, étoit partagée, m’offroient unesuffisante variétés de plante pour l'étude et pour l’amusement detoute ma vie. Je n’y voulois pas laisser un poil d’herbe sans ana-lyse, et je m’arrangeois déjà pour faire, avec un recueil immensed’observations curieuses, la Flora Petrinsularis.

Je fis venir Thérèse avec mes livres et mes effets. Nousnous mîmes en pension chez le receveur de l’ile. Sa femme avoità Nidau ses sœurs qui la venoient voir tour à tour, et qui faisoientà Thérèse une compagnie. Je fis là l’essai d’une douce vie dans la-quelle j’aurois voulu passer la mienne, et dont le goût que j’y prisne servit qu’à me faire mieux sentir l’amertume de celle qui de-voit si promptement y succéder.

J’ai toujours aimé l’eau passionnément, et sa vue me jette dansune rêverie délicieuse, quoique souvent sans objet déterminé. Jene manquois point à mon lever, lorsqu'il faisoit beau, de courirsur la terrasse humer l’air salubre et frais du matin, et planer desyeux sur l’horizon de ce beau lac, dont les rives et les monta-gnes qui le bordent enchantoient ma vue. Je ne trouve point deplus digne hommage à la Divinité que cette admiration muettequ’excite la contemplation de ses œuvres, et qui ne s’exprimepoint par des actes développés. Je comprends comment les habi-