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Tome premier.
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PARTIE II, LIVRE XII. (1765.) 635

penser de la visite de Barthès et du tendre intérêt qu’il paroissoitprendre à mon sort ? Mes malheurs n’avoient pas encore détruitcette confiance naturelle à mon cœur, et l’expérience ne m’avoit

puis son arrivée à Motiers jusqu'à l’époque où nous sommes, on le voit, danspresque toutes ses lettres, signaler Voltaire comme le chef et le plus ardent, lepins acharné de ses ennemis, mettant en jeu derrière la toile toutes tesautres marionnettes, instigateur du décret de Genève et de tout ce qui l a suivi,jusqu'à le désigner enfin comme un tigre altéré de son sang. Voyez notammentles lettres des 2! juillet et 30 octobre 1762, et 31 janvier 1763. En réduisant ces ex-pressions, dictées par la douleur et le désespoir, à ce qu'elles peuvent offrir déplusmodéré dans la circonstance, elles hissent encore une impression trop pénible pourqu’il n'cn coûte pas extrêmement d’en reconuoître U juste application. Malheureu-sement le caractère trop bien connu de l’homme illustre objet d’une accusation sigrave,des faits évidents, des preuves positives émanées de lui-même, forceront sespartisans les plus outrés à reconuoîire ici l’immense avantage de son rival, et quecelui-ci ne l a pas accusé faussement. Les: preuves existent dans la correspondancede l’un et de l’autre. Qu’on rapproche leurs lettres ; par exemple, celles de Voltaire àHume, du 24octobre 1766; à d'Arg^ntal. du 7 novembre ; à Marmontel du 24; àBôrdes, des 29 novembre et 13 décembre nnême année (on en citeroit cinquante au-tres, autérieures et postérieures, toutes d<e même force), en leur opposant celles deRousseau citées plus haut : ce rapprochement fera trop bien remarquer, d’un côté, lanoblesse des idées et des sentiments, la décence des expressions sans déroger à leurforce, même la disposition la plu» sincère à i'oubli des injures et à une réconciliationqu’auroient pu cimenter tant de taleuts et de qualités communes; de l'autre, les in-stigations les plus odieuses, d’absurdes et honteuses assertions, même sous 1 ! rapportpurement littéraire, la grossièreté du langage, l’oubli de soi-même enfin et de touteconvenance poussé à un point qu’on auroit peine à croire si on n’enavoit pas la preuvesous les yeux ; et l’on ne pourra qu'être frappé d’un contraste aussi tranchant qu’af-fligeant pour l’honneur de la littérature franço : $e, véritablement avilie dans la pei*sonne de son plus illustre représ n’ant. Quelles dispositions hosti es ne doit-on pasen effet supposer à un homme, à Voltaire, assez aveuglé par h passion pour oserécrire : « Je ne lui trouve aucun génie. Son détestable roman d 'Héloïse en est ab-« s dumeut dépourvu, Emile de même, et tous ses aulrts ouvrages... «lettre à flor-« des); » et ce trait surtout que le lecteur saura caractériser: « La manière in ul-c tante dont ce malheureux Rousseau a parlé dans plusieurs endroits de la cour de«France exige qu’on dénrsque ce charlatan, aussi méchant qu’absurde (lettre à« d'Argentai).» Ce trait vient à l'appui de celui que rapporte Ginguené, et qui con-tient, dit-il, une immense révélation , quand Roussea”, en 1770. ayant demandé àêtre admis parmi les souscripteurs pour la statue de Voltaire, sa lettre insérée dans laGazette de Berne en fait aussitôt écrire une à Voltaire pour en empêcher l'effet,lettre dans laquelle il dit : « M. le duc de Choiseul est à la tête (des souscripteurs), et« trouveroit peut-être mauvais que l’article de la Gazette se trouvât vrai. »

Quant au reproche d’ingratitude si souvent fait par Voltaire à Rousseau, pour luiavoir écrit \Je nevons aime point, même je vous hais, et cela en réponse à 1offreque Voltaire disoit lui avoir faite d'un asile dans sa maison, Ginguené en a justifiéRousseau complètement ( notes 2 , 5 et 4 ) ; et nous renvoyons d'autant plus volon-tiers les lecteurs à son estimable ouvrage, que c'est ; ssuréinent un des meilleurs detous ceux qu’on a publiés sur les Confessions, et même sur Rousseau en général.

C’est avec uu regret sensible et presque avec douleur (car nous ausd nous admi-rons et nous aimons Voltaire ) que nous avons fait 1rs citations et les rapprochementsobjet de cette note. Ginguené, qui professoit les mêmes sentiments, n'a pas dans lefait traité Voltaire moins rigoureusement, tout en paroissaut ne l’accuser que d’undéfaut de mémoire. Mais indépendamment de l'obligation qui nous étoit communeavec Ginguené de faire prévaloir la vérité sur le mensonge, notre devoir spécial,