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Tome premier.
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647
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AUX CONFESSIONS. ( 1767-1768.) 647

« line vous paroît point assez méchant, parceque vous l'êtes plu s que lui.

« Gresset et Rousseau 11 e s’étoient jamais vus, et se quittèrent fort« contents l’un de l’autre. Je suis persuadé, dit Rousseau en sortant,« qu avant de m’avoir vu, vous aviez de moi une opinion bien diffé-« rente; mais vous faites Si bien parler les perroquets qu'il n est pas« étonnant que vous sachiez apprivoiser les ours. Ce mot, aussi obli-<1 géant que spirituel, a été, dans plusieurs notices sur Gresset, tra-« vesti en une maussade dureté.... Je serois porté à croire, ajoute« M. Renouard, qu’il en est de même de beaucoup de boutades désobli-« géantes que l’on prête à J.-J. Rousseau, et dans lesquelles il faudroit« croire à peu près l’opposé de ce qu’on raconte.»

Son séjour à Amiens, devenu trop bruyant par les empressements descitoyens et des militaires ( lettre du 5 juin), ne fut que d’une semaine.Il se rend à Fleury, et, quelques jours après, accepte le nouvel asileque le prince de Conti lui offre à son château de Trye, situé à demi-lieue de Gisors , et dont il ne reste maintenant que des ruines. Quoi-que cette retraite ne dût être un secret pour personne, il s’y établit sousle nom supposé de Renou ; il paroît que le prince, pour sauver au moinsles apparences, avoit désiré qu’il prît cette précaution (*). Mais à peines’est-il installé dans le château du prince, qu'il paroît vivement s’enrepentir, et ne montre pas de plus grand désir que celui de s’en éloi-gner. Sa Correspondance n’offre que plaintes et doléances sur les con-trariétés et les déboires qu’il éprouve, non seulement de la part des agentsdu prince, mais même de tous les habitants du lieu sans exception , sansqu’on puisse néanmoins se faire une idée précise des causes de cettepersécution, d’autant plus difficile à concevoir, que le prince avoittout fait pour lui rendre ce nouveau séjour agréable. Étant venu toutexprès pour l’y voir, il avoit déclaré, en présence de ses gens, qu'il lemettoit à sa place et avec la même autorité que lui, qu'il le rendoit ab-solument maître de tout; et cependant Rousseau s’y représente envi-ronné de jardins et d'arbres, comme Tantale au milieu des eaux, nepouvant être fourni d’aucune chose, ni sans payer ni en payant;n’ayant pas , au mois d’octobre, mangé de fruit depuis deux mois, etsans légumes à offrir à son ami DuPevrou , convalescent, qu’il invitoità le venir voir ( lettre du 9 octobre). Soit que les agents du prince vis-sent en lui un surveillant incommode dont ils avoient intérêt de se dé-barrasser ; soit que, là comme ailleurs,, sa Thérèse eût, par ses proposon autrement, provoqué leur haine; soit enfin que le pauvre philoso-phe se créât, comme il en convient une fois lui-même (lettre du 28mars 1768), des maux imaginaires, pur ouvrage de son cerveau , etpeut-être par toutes ces causes réunies, il n’est que trop vrai que bien-

(*) Après avoir quitté Trye, Rousseau a continué (le porteir le nom de Renou, et designer ainsi toutes ses lettres; il n’a repris son nom véritable que vers la fin de l’an-née 1769.