APPENDICE
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f (4767—4768.) De soupçons en soupçons, de découvertes en décou-vertes, Rousseau enfin est amené à cette conclusion nouvelle, que sesennemis le veulent retenir en Angleterre pour y mieux consommerl’œuvre de sa diffamation. C’étoit plus qu’il n’en falloit pour qu’il s’im-posât à lui-même la résolution d’être libre ou de mourir. La lettre danslaquelle il fait part de cette résolution au ministre d’état, le généralConway, est un monument de déraison qui ne fait que mieux ressortirla conduite généreuse du gouvernement anglois à son égard , commeil sera dit en son lieu; bientôt, après des hésitations cependant, etmême des rétractations, trop sûrs indices d’une tête absolument per-due, il quitte enfin l’Angleterre après un séjour de seize mois, et ar-rive à Calais (22 mai).
Dan; une lettre écrite de cette ville au marquis de Mirabeau, ilannonce l’intention de se rendre dans l’état de Venise , et de s’arrêterquelque temps à Amiens pour y atfi-ndre’des nouvelles du marquis, quilui avoit témoigné le désir de le recevoir dans sa maison de campagne,à Fleury près Paris.
Si l’accueil qui lui avoit été fait à Strasbourg, dix-neuf mois aupa-ravant , avoit dû rectifier ses idées sur la France et sur les dispositionsde ses habitants à son égard, celui qu’il reçut à Amiens n'étoit pasmoins capable de dissiper toutes ses craintes, et de le convaincre que,de tous les pays au monde , le nôtre étoit celui où , sous tous les rap-ports , il lui convenoit le mieux de se fixer.
Il edà remarquer qu’Amiens étoit du ressort du parlement de Paris.Malgré le décret toujours subsi-tant contre Rousseau , le cor, s muni-cipal vint lui offrir le vin de ville; et Gre;set, soit comme un de sesmembres, soit comme président de 1 Académie d’Amiens, Gresset, quihuit ans auparavant avoit fait à la religion le sacrifice de ses comédieset de toutes ses poésies mondaines, faisoit partie de la députation. Long-temps , à cette occasion , on a attribué à Rousseau un propos aussi in-convenant que ridicule, en suppo ant que, pour toute réponse auxcompliments de Gresset, il lui avoit dit avec dureté : Vous avez pufaire parler u i perroquet, vous ne pourrez faire parler un ours. Lafausseté de cette anecdote, qu'on est étonné de voir rapportée sérieu-sement par Mercier, dans son ouvrage sur Rousseau ( tome fl, page 164),a été prouvée par M. Renouard, dans l’intéressante notice biographi-que qu'il a placée en tète de sa belle édition de Gresset. Nous ne pou-vons mieux faire que de le laisser ici parler lui même.
« On sait que J.-J. Rousseau, à son retour d'Angleterre , passa par« Amiens.... Dans un dîner qu’il fit avec Gresset, et dont étoit la per-« somie de qui je tiens cette anecdote, Rousseau dit qu’à la première« représentation du Méchant, quelques zoïles de l’ancien café Procope« prélendirent que le titre de cette pièce porto t à faux , et que Cléon« n’étoit point ce qu’on appelle un homme méchant; qu’il leur répondit: