AUX CONFESSIONS. (1767-1768.) 649
ce que nous apprend à ce sujet Corancez, intime ami de Rousseau, età qui nous devons sur les dernières années de sa vie des détails pré-cieux et dignes de foi, fait autant d’honneur au gouvernement angloisqu’il fait preuve de la considération qu’il avoit pour notre auteur. En4771, Rousseau étant alors fixé à Paris, Corancez, afflgé de l'étatprécaire et malaisé dans lequel il le vovoit vivre, avoit chargé un de sesamis à Londres de sonder sur le paiement de la pension les disposi-tions du ministre. Il reçoit en réponse une lettre de change de 6,536 li-vres, montant des arrérages alors échus; et sur l’observation que faitCorancez à son ami de l'embarras qu'il éprouve à offrir cette somme àRousseau, à l’insu duquel la démarche avoit été faite, il reçoit l'autori-sation de la donner sans quittance, la trésorerie angloise se contentantde la déclaration que feroit Corancez que l'argent a été reçu. On peutvoir dans l’ouvrage de ce dernier le récit dejcelte négociation singulièrequi n’eut aucun fruit, Rousseau ayant persisté à refuser et à ne donneraucun motif de son refus. Le gouvernement anglois ne s’est pas laissévaincre en désintéressement. Du Peyrou, dans le discours préliminairede son édition des Confessions, nous apprend qu’après la mort deRousseau, et par ordre du roi d'Anyleterie , deux mille écus furentcomptés à sa veuve, comme arrérages échus de la pension qu'il n’ avoitpas cru devoir accepter. Il est vrai qu'en 1778, époque de cette mort,ces arrérages auroient dû s’élever au moins au triple de cette somme ;mais le gouvernement anglois considéra sans doute comme renoncia-tion formelle le refus de la lettre de change en 1771, et sa propre digniténe lui permettait pas en effet de pousser la générosité plus loin.
Nous avons laissé notre philosophe aussi malheureux à Trye qu’ill’avoit été à Wootton; et il devoit l'être partout infailliblement, puis-que partout il portoit son ennemi avec lui-même. Les lecteurs exige-•ont-ils que, le suivant pas à pas dans ses courses et ses déplacementsmccessifs, nous en faisions l’objet d’un récit détaillé qui, en résultat,l’offriroit autre chose que la peinture monotone de la même disposi-tion d'esprit, des mêmes écarts d’imagination et des mêmes terreurs?üeux qui liront les lettres qui se rapportent à cet espace de sa vie nerouveront que trop à s’en instruire. Pour les autres, il suffira de dire[u’après un an de séjour à Trye, il partit seul pour Grenoble, où l’a-oient précédé les recommandations du prince, dont l’indulgenteionté se prêtait sans doute à toutes ses foiblesses. Il ne fit à Grenobleu’un séjour d’environ deux mois, mais dont les suites lui furentruelles, uniquement par l'importance qu’il leur donna, et dont lesitoyables incidents, trop bien connus, d’abord par ses lettres, ensuitear l’ouvrage de M. Serran (*), eussent dû, pour l’intérêt de sa gloire,ester toujours ignorés. De Grenoble qu’il dut quitter, en secouant,Mme dit M. Serran, la poussière de ses souliers, et où cependant,(*) Réflexions sur les Confessions de J.-J. Rousseau, in-t2, ( 77 g.
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